Éléments n°164 : Marcel Gauchet sans tabou !

Éléments n°164 sera en kiosque samedi 21 janvier. Il est aussi possible de le commander sur le site de la revue . En voici l’éditorial et le sommaire…

Éditorial

Depuis que la gauche s’est employée à remplacer son ancien électorat par des catégories extérieures aux catégories nationales et à favoriser avant tout la mondialisation des échanges, deux dynamiques nouvelles sont à l’œuvre dans le paysage politique européen. (…)

La première dynamique est la dynamique identitaire. Elle peut s’exprimer à gauche comme à droite. En dépit de tout ce qui les oppose, elle comprend aussi bien les nationalistes identitaires que les tenants du multiculturalisme. Dans l’un et l’autre cas, la notion décisive est celle d’ethnos, c’est-à-dire de personnalité historique ou ethnoculturelle, considérée comme non négociable.

La seconde dynamique est celle du populisme. Elle ne se confond pas avec la précédente, même si elle peut parfois la rejoindre. À la façon du boulangisme, le populisme mêle lui aussi des éléments de gauche et de droite. Mais surtout, il ne se réclame pas seulement du peuple-ethnos, mais avant tout du peuple-démos, c’est-à-dire du peuple politique, et subsidiairement du peuple-plebs, c’est-à-dire des couches dominées. En France, il correspond sociologiquement aux classes populaires et aux éléments de la classe moyenne menacés de déclassement, et géographiquement à la « France périphérique » par opposition aux métropoles mondialisées.

Le populisme s’appuie sur le principe de la souveraineté populaire et dénonce ses limitations par la démocratie libérale et l’État de droit. Déçus par la mondialisation comme par les institutions européennes, physiquement hostiles à la privatisation du sens de l’existence comme à l’avènement d’un homme hors-sol, dépouillé de ses racines et de sa mémoire, révulsés par les mouvements migratoires, hantés par la peur de la désagrégation de la sociabilité qui leur est propre, mus surtout par un puissant ressentiment envers les élites, les populistes s’efforcent d’articuler une nouvelle demande sociale : demande de repères en matière de mœurs, demande de cadres protecteurs, demande d’une politique qui ne se ramène pas à la gestion, demande d’une démocratie réelle, demande d’autorité.

François Fillon n’est pas un populiste. Il s’adresse avant tout aux bourgeois retraités qui forment le socle de l’électorat de droite, et qui aspirent à la fois à un paisible conservatisme des mœurs et à un libéralisme modéré. Mais c’est là que le bât blesse. Ceux qui se réclament de cette improbable alliance se retrouvent un jour ou l’autre dans une position intenable : s’ils appliquent un programme libéral, qui comprend l’ouverture des frontières, la politique des droits individuels et la soumission de l’entreprise aux exigences des propriétaires du capital, ils déçoivent les conservateurs ; s’ils appliquent un programme conservateur, qui implique la protection de la société, le maintien des frontières et le primat de l’intérêt national, ils déçoivent les libéraux.

 

Sommaire

03 Deux dynamiques et une question

04 Forum

L’entretien

06 Marcel Gauchet sans tabous

Cartouches

12 Le regard d’Olivier François : L’AF et ses dissidents

15 Une fin du monde sans importance par Xavier Eman

17 Cinéma : Un coup de tonnerre (de Brest) pour rien

19 Champs de bataille : La dernière charge des cuirassés

23 Musique : Grand Blanc, avis de tempête

26 Sciences

Le combat des idées

30 Les nouvelles têtes à claques du libéralisme

32 Éric Brunet, le Père Ubu du libéralisme

33 Guy Verhofstadt, alias « Baby Thatcher »

35 La France buissonnière de Sylvain Tesson

36 Vivre et penser comme des loups

40 Littérature : entretien avec Louis Jeanne

44 La leçon de Gabriel Matzneff

48 Tintin : retour au pays des Soviets

52 Or noir : la guerre du Chaco

54 À la redécouverte de Thomas Sankara

56 Entretien avec Ludovic Maubreuil

58 Après nous le déluge ? La réponse de Sloterdijk

Dossier

61 Droite-gauche, c’est fini !

62 Fiction : Le Pen-Mélenchon au second tour ?

66 L’obsolescence programmée du clivage droite-gauche

72 Droite + gauche, et vice versa

73 Le moment populiste

76 Permanence du clivage droite-gauche

77 Pourquoi les vrais socialistes font la guerre à la gauche

80 Entretien avec Charles Robin

84 Rencontre avec Bernard Langlois

Panorama

86 L’œil de Slobodan Despot

87 Série télé : Black Sails

88 Philosophie : L’esprit dépend-il de la matière ?

92 L’esprit des lieux : Venise

94 C’était dans Éléments : Pourquoi le terrorisme ?

95 Éphémérides

François Fillon, candidat patronal du Wall Street Journal et des actionnaires du CAC 40

Entretien paru sur Breizh Info

Breizh-info.com : La victoire de François Fillon signifie-t-elle une «révolution conservatrice» comme beaucoup, à droite, le laissent entendre. Avec Fillon assiste-t-on au « triomphe de la droite des valeurs » ?

Alain de Benoist : Des valeurs cotées en Bourse, c’est en effet probable. Pour les autres, vous me permettrez d’en douter.

La droite HLM (« hors les murs ») cherchait depuis des mois un candidat qui soit plus libéral en matière économique et plus « conservateur » en matière sociétale que ne l’est aujourd’hui le Front national. Ce candidat, elle l’a trouvé. Il s’appelle François Fillon. Il présente bien, il est convenable, propre sur lui, bien élevé, fidèle à sa femme, il n’épile pas ses sourcils, il vote en faveur de l’IVG et n’a pas la moindre intention de revenir sur la loi Taubira mais en son for intérieur il n’en pense pas moins (sic). De surcroît il va à la messe, et puis il habite un manoir, ce qui fait décidément de lui un homme très bankable.

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Le populisme en question

Alain de Benoist sera présent au prochain débat organisé par le Cercle George Orwell le mercredi 7 décembre 2016.

Il aura lieu au Café de la Mairie – 51, rue de Bretagne à Paris 3e, métro Temple. Les portes ouvriront à partir de 19h30.

Le thème de ce débat est : Le populisme en question et actuel, le système juridico-technico-marchand peut-il en venir à bout ?

A l’est, du nouveau

Editorial du numéro 163 d’éléments, en kiosque le 19 novembre 2016

À l’époque de la guerre froide, les choses étaient simples. L’hémisphère Nord était coupé en deux, et l’Europe l’était aussi. La partie orientale était dominée par le système soviétique, la partie occidentale théoriquement placée sous protection américaine. D’un côté, une dictature greffée sur un capitalisme d’État, de l’autre le capitalisme tout court associé à la dictature de la marchandise. Deux occupations de forme différente, mais aux effets également paralysants. L’Est et l’Ouest étaient alors engagés dans une concurrence aux buts moins opposés qu’il n’y paraissait : il s’agissait de savoir qui produirait le plus et le plus vite, qui gagnerait la course à l’espace et au PIB.

Cette logique bipolaire ne fut remise en cause que par la France du général de Gaulle, qui se dota d’une force atomique indépendante et s’émancipa en 1966 de la tutelle de l’OTAN, et par la Chine avec la « théorie des trois mondes », élaborée par Mao Ze Dong et présentée en 1974 par Deng Xiao Ping à la tribune des Nations-Unies.

Le mouvement de l’histoire semblait se dérouler exclusivement à l’Ouest. L’Est était prévisible : on n’y voyait rien changer, les mêmes troupes défilaient devant les mêmes tribunes où se tenaient, rigides comme des mulets, des dirigeants au regard vide, comme statufiés. À l’Ouest au contraire, c’était un incessant tourbillon de nouveautés, de modes et de gadgets.

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Évitons de « racialiser » la victoire de Donald Trump…

Entretien avec Nicolas Gauthier paru sur Boulevard Voltaire


Certains commentateurs jugent que l’élection de Donald Trump est une réaction de « l’Amérique blanche ». Certains s’en félicitent, d’autres la dénoncent, tandis que Marine Le Pen assure qu’« il ne faut pas “racialiser” ce scrutin ». Votre position ?

Les États-Unis sont, de longue date, une nation multiraciale et, contrairement à ce qui se passe chez nous, les statistiques ethniques y sont d’usage courant. Concernant la dernière élection présidentielle, les choses sont claires : Hillary Clinton a obtenu 88 % du vote des Noirs et 65 % du vote des Latinos et des Asiatiques. Trump n’en a obtenu, respectivement, que 8 % et 29 % – ce qui n’est déjà pas si mal (c’est plus que n’en avait capté Romney en 2012). Ce clivage n’a rien de surprenant, les minorités ayant depuis longtemps l’habitude de voter massivement en faveur des démocrates : depuis 1952, seul Lyndon B. Johnson, en 1964, avait recueilli une majorité de votes chez les Blancs. On notera néanmoins qu’à cet égard, Obama avait fait mieux que Hillary, ayant remporté 93 % du suffrage noir en 2012 et 95 % en 2008.

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Rivincita sulla globalizzazione

Intervista da Lorenzo Bianchi

Il Giorno10 novembre 2016


L’elezione di Trump illustra in modo spettacolare l’ascesa irresistibile del populismo nel mondo. Ora è sbarcato anche in America». Alain de Benoist, scrittore e filosofo francese, 72 anni, fondatore del movimento culturale Nouvelle Droite (la Nuova Destra), vincitore nel 1978 del Gran Prix D’Essai dell’Académie Française con il suo volume «Visto da destra», è dell’idea che il voto «non è importante per il personaggio, ma per il fenomeno che si è manifestato attraverso Donald Trump.

Che cosa è affiorato dalle urne?

«Lo stesso atteggiamento collettivo che ha provocato anche la Brexit, il voto inglese favorevole all’uscita dall’Unione Europea. La classe media statunitense è stata investita assieme alla classe operaia dal vento della mondializzazione».

Che ha fatto crescere le distanze fra i diversi ceti sociali.

«Le ha aggravate, allontanando la borghesia e gli operai dalle élite finanziarie, economiche e dei mass media. Ora l’ondata del populismo è passata dall’altra parte dell’oceano Atlantico. Questo conferisce all’elezione di Trump una valenza storica».

Qual è stata la caratteristica principale del vincitore?

«Ha rappresentato il movimento anti-establishment ossia la contestazione delle classi dirigenti. I suoi elettori hanno bocciato un sistema del quale la Clinton era un simbolo».

Quindi contro cosa hanno votato?

«Contro Washington, contro il politicamente corretto, contro George Soros, contro la banca Goldman Sachs, contro i politici di carriera che confiscano la democrazia. Un’eruzione di collera ha portato Donald Trump al potere».

Secondo lei anche negli Usa ha preso corpo il risentimento della popolazione contro gli immigrati, che sono stati un architrave della democrazia americana? Lire la suite …

9 novembre 1989 : chute du Mur de Berlin. 9 novembre 2016 : élection de Donald Trump

Entretien paru sur Breizh-info.com


Breizh-info.com : Quel est votre sentiment après l’annonce de l’élection de Donald Trump ?

Alain de Benoist : 9 novembre 1989 : chute du Mur de Berlin. 9 novembre 2016 : élection de Donald Trump. Dans les deux cas, la fin d’un monde. Notre dernier Prix Nobel de littérature, Bob Dylan, s’était finalement révélé bon prophète : The times they are a-changin’ ! C’est en tout cas bien à un événement historique que nous venons d’assister. Depuis des décennies, l’élection présidentielle américaine se présentait comme un duel à fleurets mouchetés entre deux candidats de l’Establishment. Cette année, pour la première fois, c’est un candidat anti-Establishment qui se présentait – et c’est lui qui l’a emporté. « Malgré ses outrances », disait un journaliste. Plutôt à cause d’elles, aurait-il fallu dire, tant l’électorat de Trump n’en pouvait plus du politiquement correct !

En fait, dans cette élection, ce n’est pas le personnage de Trump qui est important. C’est le phénomène Trump. Un phénomène qui, tout comme le Brexit il y a cinq mois, mais avec une force encore supérieure, illustre de façon spectaculaire l’irrésistible poussée du populisme dans le monde. Natacha Polony l’a très bien dit : ce phénomène « n’est que la traduction d’un mouvement de fond qui ébranle toutes les sociétés occidentales : la révolte des petites classes moyennes déstabilisées dans leur identité par la lame de fond d’une mondialisation qui avait déjà emporté les classes ouvrières ». Lire la suite …