Ne pas voir du « totalitarisme » partout

Alain de Benoist a accordé un entretien à Paul-Marie Coûteaux, paru dans la dernière livraison du Nouveau Conservateur.

LE NOUVEAU CONSERVATEUR : Alain de Benoist, n’êtes-vous pas alarmé par ce chiffre que donne le démographe Illyès Zouari : le nombre des décès, au sein de l’UE, a dépassé celui des naissances de 1,231 million en 2021 ? Reprendriez l’expression qu’il emploie d’« autogénocide » de l’Europe ?

ALAIN DE BENOIST. Non, je ne reprendrais pas ce terme, parce que je le trouve à la fois excessif et inutilement polémique. Le mot « suicide » aurait sans doute été plus raisonnable, même si je crois qu’il ne correspond pas non plus exactement à la réalité. D’une façon plus générale, je ne pense pas qu’il faille raisonner sous l’horizon de l’apocalyptisme, que ce soit en matière écologique ou démographique. La démographie est une discipline dans laquelle il est notoirement impossible de faire des prédictions à long terme : dire qu’au rythme actuel nous allons bientôt disparaître n’a guère de sens puisque nous ignorons si ce rythme va se maintenir (et jusqu’à quand).

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Corse, présidentielle, Ukraine

Entretien d’Alain de Benoist à Breizh-Info

credit: geralt/Pixabay

Breizh-info.com : Tout d’abord, que vous inspirent le déplacement de Gérald Darmanin en Corse et l’évocation d’une autonomie possible pour la Corse ?

Alain de Benoist : On pourrait parler de « divine surprise » s’il n’y avait pas quelques motifs d’être dubitatif. D’abord, c’est une drôle de façon de procéder que de se dire prêt « à aller jusqu’à l’autonomie » avant même que les négociations aient commencé. En général, on ne met pas sur la table le résultat de la discussion avant d’avoir commencé à discuter. Cela ressemble à un aveu de faiblesse, à moins qu’il ne faille y voir un geste démagogique ou une simple manœuvre électorale. Le problème se pose d’autant plus que la position adoptée par Darmanin représente une totale volte-face de la part d’un gouvernement qui, depuis cinq ans, s’est refusé à donner la moindre suite à toutes les demandes politiques formulées par les Corses. Rappelez-vous qu’en février 2018, lorsqu’il s’était rendu lui-même en Corse, Emmanuel Macron avait même opposé une fin de non-recevoir à ceux qui lui demandaient seulement de reconnaître le « caractère politique de la question corse ». Ce simple rappel justifie le scepticisme.

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La Bibliothèque littéraire du jeune Européen

Entretien paru sur Breizh-info.com

L’année dernière, Alain de Benoist et Guillaume Travers, dans l’ouvrage La Bibliothèque du jeune Européen, présentaient 200 essais marquants dans l’histoire des idées. Un second volume vient de paraître : La Bibliothèque littéraire du jeune Européen. Il est consacré aux œuvres de fiction (romans, pièces de théâtre, récits mythologiques, poèmes, bandes dessinées…). Plus de 400 œuvres sont analysées, offrant ainsi un précieux guide de lecture. 

Breizh-info.com : Quel est l’objectif de « La Bibliothèque littéraire du jeune Européen » ? Pourquoi les mots « jeune » et « Européen » ?

Alain de Benoist : L’objectif était simple. Il s’agissait de répondre à la question : que lire ? Et plus précisément : quels sont les livres que l’on doit avoir lu en priorité si l’on veut acquérir une bonne culture générale ? Nous avions déjà publié l’an dernier un volume consacré aux essais, qui présentait 200 livres et auteurs de premier plan pour se former intellectuellement et idéologiquement. Ce second volume porte sur la littérature, domaine foisonnant s’il en est. C’est la raison pour laquelle le nombre de livres et d’auteurs a doublé !

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Dans six mois, nous saurons si Zemmour est parvenu à autre chose qu’à faire réélire Macron

Breizh-info.com : Alain de Benoist, tout d’abord, quel regard portez-vous sur l’ascension médiatico-politique d’Eric Zemmour à quelques mois de l’élection présidentielle ? Cette ascension n’est-elle pas le signe de l’échec définitif du Rassemblement national en politique ?

Alain de Benoist : Toute campagne présidentielle en France a ses coups de théâtre et ses événements imprévus. Cette année, c’est le phénomène Zemmour. Je le regarde avec curiosité – mais aussi avec détachement, tant je reste convaincu qu’aucune élection, fut-elle présidentielle, ne peut créer les conditions de la véritable révolution dont notre peuple a besoin.

Eric Zemmour est un ami, dont je connais la vaste culture politico-historique et dont j’admire la posture réfractaire et la pugnacité, ce qui ne m’empêche d’être en désaccord avec lui sur des points nombreux (son jacobinisme, sa critique de l’idée d’Empire, son parti-pris sans nuances pour l’assimilation, son hostilité aux prénoms régionaux, pour ne rien dire de la question des « racines chrétiennes »). Son ascension de « presque candidat » a été remarquable, puisqu’il semble être aujourd’hui en mesure d’empêcher Marine Le Pen d’arriver en tête au premier tour, voire de l’empêcher d’être présente au second. Cela dit, à six mois du scrutin, rien n’autorise à faire un pronostic. Zemmour peut très bien continuer à progresser, comme Macron en 2017, ou s’effondrer brusquement, comme Chevènement en 2002.

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The Empire of Myth

L’empire du mythe, originally published in L’empire intérieur by Fata Morgana in 1995, has been translated into English by Jon Graham under the title The Empire of Myth. It is edited by Michael Moynihan.

Arcana Europa Media, 2021
ISBN: 979-8701154610
Paperback, 5” x 8”, 110 pages, $12

“In the beginning was the Myth”—or so begins Alain de Benoist’s (un)timely meditation on the meaning of a concept which is infinitely rich with significance, yet notoriously difficult to define. Drawing on philosophy, psychology, sociology, and the history of religions, Benoist examines the relationship between language, poetry, and the “stories of the gods” that most people equate with myth. This opens the door to the even bigger question of how meaning first enters the world—and how, in the spiritual wasteland that is modernity, it disappears.

Yet the mythic dimension is always with us, even if we believe we have somehow transcended it. It is what makes us who we are. This extended essay sets out to ask what myth is from a variety of different perspectives, and provides a concise survey of how some of the greatest thinkers on the subject have answered that question. More importantly, it is a call to re-enter the Empire of Myth. For Benoist, this would be “to experience a revolution as if there had never been one.”

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Le dossier Jésus

Breizh-info.com : Vous publiez « L’homme qui n’avait pas de père », fruit non pas de quelques mois d’écriture, mais bien de plusieurs décennies, c’est bien cela ? Comment est-ce qu’on mène un tel travail ?

Alain de Benoist : N’oubliez pas le sous-titre : Le dossier Jésus, qui dit bien ce dont il s’agit. Comment réalise-t-on pareil travail ? Tout simplement en se tenant au courant. Il paraît chaque année d’innombrables travaux d’exégètes et d’historiens qui portent sur les origines chrétiennes. Les revues spécialisées sont également très nombreuses, certaines, comme le Journal for the Study of the Historical Jesus, étant entièrement consacrées à Jésus. Pour connaître le sujet, il faut lire régulièrement les uns et les autres, les annoter, les archiver, en évaluer le degré de cohérence et de sérieux. C’est effectivement un gros travail, d’autant que la majorité de ces travaux n’ont pas été traduits en français. Mais c’est aussi le but de mon livre : présenter l’état actuel de la question, sans rien masquer des divergences entre les différentes thèses en présence.

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La puissance et la foi

Breizh-info.com : Vous avez sorti en février un essai intitulé « La puissance et la foi ». Qu’avez-vous voulu aborder à cette occasion ?

Alain de Benoist : C’est un livre qui aborde, sous différents angles, la question aujourd’hui rebattue de la « théologie politique ». L’étiquette est large : elle se rapporte aussi bien à la façon dont l’Eglise a conçu le pouvoir temporel lorsqu’elle le contrôlait qu’aux tensions qui ont pu l’opposer au pouvoir politique : c’est elle qui est en jeu, par exemple, dans l’opposition du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel, dans la séculaire querelle de l’Empire et de la papauté, dans le conflit du trône et de l’autel, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, l’opposition entre loi civile et « loi naturelle », les notions de potestas et d’auctoritas.

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Confinement, vaccins… qui croire ?

Crédit : CC-BY-SA 2.0+ Matti Blume

Breizh-info.com : Fermeture des écoles, limitation des déplacements, brimades, la folie sanitaire continue en France. En tant qu’observateur avisé de la vie publique dans notre pays, n’êtes-vous pas fasciné par la passivité des citoyens face à des autorités qui, pourtant, font quotidiennement preuve d’incompétence (ou de malhonnêteté) ?

Alain de Benoist : En mars 2020, à l’époque du premier confinement, j’avais écrit qu’on pourrait y voir un test de soumission grandeur nature. La passivité dont vous parlez confirme à première vue mon propos, ce qui ne veut pas dire d’ailleurs qu’elle durera éternellement. Mais quelle est la cause profonde de cette soumission, qui n’est qu’une variante de la vieille thématique de l’esclave amoureux de ses chaînes (la « servitude volontaire » de La Boétie) ? On sait depuis longtemps que le meilleur moyen de faire accepter des restrictions des libertés est de les justifier par la nécessité de garantir la santé ou la sécurité (ou encore par la « menace terroriste »). Mais il me semble qu’il faut aller plus loin.

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OTAN : protectorat contre vassalisation

Attribution : domaine public, via Wikimedia Commons

Boulevard Voltaire : Nous avons déjà eu l’occasion de parler de l’OTAN, organisation qui aurait dû logiquement être dissoute en même temps que le pacte de Varsovie, puisqu’elle avait été créée à seule fin de résister à l’Union soviétique, aujourd’hui disparue. Mais il n’en a rien été, puisqu’elle s’est muée en une vaste organisation de « défense globale » qui intervient désormais dans le monde entier. Quelles sont, aujourd’hui, ses priorités ?

Alain de Benoist : Tout le monde le sait, ses ennemis désignés sont aujourd’hui la Fédération de Russie en premier lieu, la Chine en second. Le fait nouveau est qu’avec l’élection de Joseph (« Joe ») Robinette Biden, le parti de la guerre est de retour. Les États-Unis ont déjà recommencé à bombarder la Syrie, Poutine se fait traiter de « tueur » par Biden et de nouvelles sanctions viennent d’être adoptées contre la Chine. Parallèlement, une vaste offensive de propagande est en cours pour « cimenter la centralité du lien transatlantique », c’est-à-dire pour faire croire aux Européens que les ennemis des Américains sont nécessairement les leurs. On en revient au chantage à la protection de l’époque de la guerre froide : les Européens sont sommés de s’aligner sur les positions de Washington en échange de la protection américaine, et donc de faire allégeance au commandant suprême des forces alliées en Europe qui est, comme toujours, un général américain. En clair : protectorat contre vassalisation.

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