Le « couple franco-allemand » est un mythe !

Entretien accordé à Boulevard Voltaire

Rien ne va plus, apparemment, entre Emmanuel Macron et Angela Merkel, qui reconnaissaient récemment que leurs « différences de mentalités » ont abouti à des « confrontations ». Le couple franco-allemand serait-il au bord du divorce ?

Le « couple franco-allemand » est un mythe. Cette expression, née sous Giscard, n’est d’ailleurs presque jamais employée en Allemagne. Il ne faut pas se raconter d’histoires : que ce soit avec Mitterrand et Helmut Kohl, Chirac et Gerhard Schröder, Pompidou et Willy Brandt, et même avec le général de Gaulle et Konrad Adenauer, la convergence de vues entre la France et l’Allemagne n’a jamais été totale. L’idée d’un « couple » franco-allemand est seulement née de l’idée que les deux plus grands pays d’Europe ont, en principe, tout intérêt à s’associer. « N’oubliez jamais, disait le général de Gaulle, que pour la France, il n’y a pas d’alternative à l’amitié avec l’Allemagne. ». Si l’on s’étonne, aujourd’hui, d’un possible « divorce », c’est que les positions de Merkel et de Macron paraissaient très proches au lendemain de l’élection présidentielle de 2017. Depuis, le Président français a déchanté : les Allemands ne l’ont suivi pratiquement sur aucune de ses propositions. Angela Merkel est également déçue : elle pensait collaborer avec un chef d’État crédible, elle réalise qu’elle est tombée sur un « communicant » narcissique, instable et psychorigide.

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L’islamophobie ? Un terme piégé !

Entretien publié sur Boulevard Voltaire

L’islamophobie, mot récent et assez flou, tend à envahir l’espace public. Il est même désormais dans le dictionnaire. Mais, au fond, qu’est-ce que cela veut dire ?

Au sens propre, le terme fait allusion à la peur ou à la répulsion (phobos), mais l’idéologie dominante préfère le tirer vers la détestation et la haine. La peur étant contagieuse et la haine suscitant la haine, il manque évidemment un terme pour désigner l’effet de réciprocité. Cela dit, il y a bien entendu des gens qui haïssent par principe l’islam et tout ce qui s’y apparente, et leurs obsessions convulsives inondent tous les jours les réseaux sociaux. Mais, en réalité, vous le savez bien, la dénonciation contemporaine des « phobies » fait surtout partie d’une tactique désormais bien rodée consistant à faire usage d’un mot-repoussoir pour développer une rhétorique lacrymale, délégitimer radicalement certaines positions et placer en état de sidération ceux qui pourraient tenter de s’y rallier. Cela vaut pour l’islamophobie comme pour l’homophobie, la gynophobie, la judéophobie, la cathophobie, l’américanophobie, la transphobie, la grossophobie, et j’en passe (n’oublions pas la trypophobie, qui est la phobie des trous !).

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Le monde des vieux partis est en train de disparaître !

Entretien paru sur Boulevard Voltaire

Pour la première fois depuis longtemps, voire pour la première fois tout court, deux intellectuels, Raphaël Glucksmann et François-Xavier Bellamy, figuraient parmi les têtes de liste aux élections européennes. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Cela n’a apparemment pas porté bonheur aux partis qui s’étaient adressés à eux ! L’un et l’autre se trouvent, en effet, associés à un échec retentissant. L’essayiste bobo Raphaël Glucksmann, libéral de gauche, avait déjà coulé Le Magazine littéraire, il n’obtient que 6,1 % des voix avec sa liste Envie d’Europe, qui n’a visiblement pas fait envie à grand monde. Alors qu’il voulait « reconstruire la gauche », pieux souhait s’il en est, il s’est retrouvé comme un petit ours polaire sur une banquise en train de fondre, godillant comme il le pouvait entre les écologistes, les Insoumis, l’« Europe des gens » de Ian Brossat et la Liste citoyenne de Benoît Hamon, pour ne rien dire des « animalistes » qui, contrairement à ce que l’on aurait pu croire, ne soutenaient pas la dame Loiseau. La « gauche » se retrouve éclatée comme jamais. C’est pathétique.

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Poussée populiste et montée écologiste

Entretien paru sur Breizh-Info.com

Breizh-info.com : Voyez-vous dans ces élections européennes, en France, une marée verte, ainsi qu’une grande victoire pour le RN ?

Alain de Benoist : Un mot d’abord sur la hausse de la participation. Les observateurs y ont immédiatement vu la preuve que les Français s’intéressent plus à l’Europe qu’on ne le dit. Cette interprétation est fautive. La participation a été plus forte tout simplement parce que cette élection européenne a été traitée, plus encore que d’habitude, comme une élection nationale. En personnalisant les enjeux du scrutin, en apparaissant, au mépris de sa fonction présidentielle, comme la véritable tête de liste LREM, Emmanuel Macron en est le principal responsable.

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Petit tour du monde des actualités

Entretien publié sur Boulevard Voltaire

Il y quelque temps que Boulevard Voltaire n’a pas publié d’entretien avec vous. J’aimerais vous poser des questions rapides sur un certain nombre d’événements récents. Et, d’abord, l’incendie de Notre-Dame de Paris.

Notre-Dame en flammes, frappée au chœur, c’est l’image même de la chrétienté d’aujourd’hui. Que dire de plus qui n’ait déjà été dit ? Je pense à Dominique Venner et je relis Péguy.

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Il y aura un avant et un après gilets jaunes

Entretien paru sur Boulevard Voltaire

Après l’acte XX des gilets jaunes, la plupart des observateurs ont noté une forte baisse.
Quel est votre sentiment ?

Cela fait plusieurs semaines que le dimanche on nous annonce que la participation des gilets jaunes du samedi a été en forte baisse. Depuis le temps qu’elle l’est, elle aurait déjà dû disparaître.
Je crois que tout cela est de la propagande. Il est évident que les gilets jaunes ne vont pas manifester tous les samedis pendant 1/4 de siècle. À un moment donné, cette mobilisation va forcément s’arrêter.
Ce n’est pas comme cela qu’il faut voir les choses. Cela fait quand même quatre mois que des gens qui n’étaient pas, pour la plupart, des personnes engagées dans la vie politique et dont les moyens d’existence ne sont pas extraordinaires, manifestent samedi après samedi. Nous avons atteint un sommet extraordinaire. Il est clair que les chiffres donnés par la préfecture de police sont des chiffres révisés à la baisse, comme cela a toujours été le cas. On peut les multiplier par deux ou par trois. Mais la question n’est pas là. Depuis 4 mois des manifestations ont lieu malgré le froid, le gèle et la trêve des confiseurs et aujourd’hui, elles sont toujours là.
D’autre part, on constate que même si le soutien dans l’opinion est un peu retombé, on est encore au-dessus de 50 % d’opinion favorable. C’est tout à fait extraordinaire.
Il y a là quelque chose qui est vraiment remarquable et qui montre que ce mouvement n’a rien de comparable avec tout ce que nous avons pu connaître. Ce n’est bien sûr pas la répétition de février 34, pas la répétition de mai 68 et pas la répétition des grèves.
Ceux qui essaient de se rassurer en disant ‘’c’est un mouvement social, ce sont des gens qui ne sont pas contents et qui veulent qu’on augmente leur pouvoir d’achat’’ passent complètement à côté du problème.
En effet, on est dans un phénomène tout à fait nouveau qui, d’une part, permet à une catégorie de la population qu’on avait rendue invisible et qui n’est pas une catégorie minoritaire de reprendre de la visibilité et qu’on reconnaisse sa dignité. Il y a dans cette affaire une dimension véritablement existentielle.
D’autre part, ce mouvement inédit nous renvoie aux transformations plus générales du paysage politique en France et en Europe.

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Le libéralisme met la liberté au service du seul individu

Article paru sur Philitt

PHILITT : Vous affirmez que libéralisme économique et libéralisme politique (ou philosophique) se superposent, mais vous mettez de côté les penseurs libéraux qui n’accordent pas une place centrale à la question économique, comme Aron ou Tocqueville. Dans votre introduction, vous dites que « l’étiquette de “libéral” ne suffit d’ailleurs pas à [les] définir ». Pourtant, ils appartiennent bien à une certaine tradition libérale. Le libéralisme anti-totalitaire d’un Aron et la critique de la tyrannie de la majorité par Tocqueville ne mettent-ils pas à mal la thèse de l’unité du libéralisme défendue par Jean-Claude Michéa ?

Editions du Rocher, 352 pages, 19,90 euros

Alain de Benoist : Jean-Claude Michéa n’a jamais prétendu que toutes les formes de libéralisme sont une seule et même chose. Si tel était le cas, ce serait la diversité et la multiplicité des libéralismes qui deviendraient incompréhensibles. Il estime en revanche, et à juste titre à mon avis, que ces diverses formes ont des points communs essentiels, à commencer par une même conception de l’homme. J’explique dans mon livre que l’anthropologie libérale se fonde à la fois sur l’individualisme et sur l’économisme, et j’en avance les preuves. Il se trouve que ni Raymond Aron ni Tocqueville n’accordent une place centrale à l’économisme ni même à l’individualisme (au sens d’un individu non immédiatement social, dessaisi de ses appartenances, entièrement propriétaire de lui-même et recherchant en permanence son meilleur intérêt). Au lieu d’en conclure, à partir de ces deux cas-limites, que le libéralisme n’est pas intrinsèquement lié à l’anthropologie que je viens d’évoquer, il me paraît plus raisonnable d’en tirer, à l’inverse, la conclusion que ces deux auteurs n’appartiennent que de façon très marginale au libéralisme proprement dit (on pourrait d’ailleurs en dire autant de Pierre Manent).

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