Le monde des vieux partis est en train de disparaître !

Entretien paru sur Boulevard Voltaire

Pour la première fois depuis longtemps, voire pour la première fois tout court, deux intellectuels, Raphaël Glucksmann et François-Xavier Bellamy, figuraient parmi les têtes de liste aux élections européennes. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Cela n’a apparemment pas porté bonheur aux partis qui s’étaient adressés à eux ! L’un et l’autre se trouvent, en effet, associés à un échec retentissant. L’essayiste bobo Raphaël Glucksmann, libéral de gauche, avait déjà coulé Le Magazine littéraire, il n’obtient que 6,1 % des voix avec sa liste Envie d’Europe, qui n’a visiblement pas fait envie à grand monde. Alors qu’il voulait « reconstruire la gauche », pieux souhait s’il en est, il s’est retrouvé comme un petit ours polaire sur une banquise en train de fondre, godillant comme il le pouvait entre les écologistes, les Insoumis, l’« Europe des gens » de Ian Brossat et la Liste citoyenne de Benoît Hamon, pour ne rien dire des « animalistes » qui, contrairement à ce que l’on aurait pu croire, ne soutenaient pas la dame Loiseau. La « gauche » se retrouve éclatée comme jamais. C’est pathétique.

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Poussée populiste et montée écologiste

Entretien paru sur Breizh-Info.com

Breizh-info.com : Voyez-vous dans ces élections européennes, en France, une marée verte, ainsi qu’une grande victoire pour le RN ?

Alain de Benoist : Un mot d’abord sur la hausse de la participation. Les observateurs y ont immédiatement vu la preuve que les Français s’intéressent plus à l’Europe qu’on ne le dit. Cette interprétation est fautive. La participation a été plus forte tout simplement parce que cette élection européenne a été traitée, plus encore que d’habitude, comme une élection nationale. En personnalisant les enjeux du scrutin, en apparaissant, au mépris de sa fonction présidentielle, comme la véritable tête de liste LREM, Emmanuel Macron en est le principal responsable.

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Petit tour du monde des actualités

Entretien publié sur Boulevard Voltaire

Il y quelque temps que Boulevard Voltaire n’a pas publié d’entretien avec vous. J’aimerais vous poser des questions rapides sur un certain nombre d’événements récents. Et, d’abord, l’incendie de Notre-Dame de Paris.

Notre-Dame en flammes, frappée au chœur, c’est l’image même de la chrétienté d’aujourd’hui. Que dire de plus qui n’ait déjà été dit ? Je pense à Dominique Venner et je relis Péguy.

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Il y aura un avant et un après gilets jaunes

Entretien paru sur Boulevard Voltaire

Après l’acte XX des gilets jaunes, la plupart des observateurs ont noté une forte baisse.
Quel est votre sentiment ?

Cela fait plusieurs semaines que le dimanche on nous annonce que la participation des gilets jaunes du samedi a été en forte baisse. Depuis le temps qu’elle l’est, elle aurait déjà dû disparaître.
Je crois que tout cela est de la propagande. Il est évident que les gilets jaunes ne vont pas manifester tous les samedis pendant 1/4 de siècle. À un moment donné, cette mobilisation va forcément s’arrêter.
Ce n’est pas comme cela qu’il faut voir les choses. Cela fait quand même quatre mois que des gens qui n’étaient pas, pour la plupart, des personnes engagées dans la vie politique et dont les moyens d’existence ne sont pas extraordinaires, manifestent samedi après samedi. Nous avons atteint un sommet extraordinaire. Il est clair que les chiffres donnés par la préfecture de police sont des chiffres révisés à la baisse, comme cela a toujours été le cas. On peut les multiplier par deux ou par trois. Mais la question n’est pas là. Depuis 4 mois des manifestations ont lieu malgré le froid, le gèle et la trêve des confiseurs et aujourd’hui, elles sont toujours là.
D’autre part, on constate que même si le soutien dans l’opinion est un peu retombé, on est encore au-dessus de 50 % d’opinion favorable. C’est tout à fait extraordinaire.
Il y a là quelque chose qui est vraiment remarquable et qui montre que ce mouvement n’a rien de comparable avec tout ce que nous avons pu connaître. Ce n’est bien sûr pas la répétition de février 34, pas la répétition de mai 68 et pas la répétition des grèves.
Ceux qui essaient de se rassurer en disant ‘’c’est un mouvement social, ce sont des gens qui ne sont pas contents et qui veulent qu’on augmente leur pouvoir d’achat’’ passent complètement à côté du problème.
En effet, on est dans un phénomène tout à fait nouveau qui, d’une part, permet à une catégorie de la population qu’on avait rendue invisible et qui n’est pas une catégorie minoritaire de reprendre de la visibilité et qu’on reconnaisse sa dignité. Il y a dans cette affaire une dimension véritablement existentielle.
D’autre part, ce mouvement inédit nous renvoie aux transformations plus générales du paysage politique en France et en Europe.

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Le libéralisme met la liberté au service du seul individu

Article paru sur Philitt

PHILITT : Vous affirmez que libéralisme économique et libéralisme politique (ou philosophique) se superposent, mais vous mettez de côté les penseurs libéraux qui n’accordent pas une place centrale à la question économique, comme Aron ou Tocqueville. Dans votre introduction, vous dites que « l’étiquette de “libéral” ne suffit d’ailleurs pas à [les] définir ». Pourtant, ils appartiennent bien à une certaine tradition libérale. Le libéralisme anti-totalitaire d’un Aron et la critique de la tyrannie de la majorité par Tocqueville ne mettent-ils pas à mal la thèse de l’unité du libéralisme défendue par Jean-Claude Michéa ?

Editions du Rocher, 352 pages, 19,90 euros

Alain de Benoist : Jean-Claude Michéa n’a jamais prétendu que toutes les formes de libéralisme sont une seule et même chose. Si tel était le cas, ce serait la diversité et la multiplicité des libéralismes qui deviendraient incompréhensibles. Il estime en revanche, et à juste titre à mon avis, que ces diverses formes ont des points communs essentiels, à commencer par une même conception de l’homme. J’explique dans mon livre que l’anthropologie libérale se fonde à la fois sur l’individualisme et sur l’économisme, et j’en avance les preuves. Il se trouve que ni Raymond Aron ni Tocqueville n’accordent une place centrale à l’économisme ni même à l’individualisme (au sens d’un individu non immédiatement social, dessaisi de ses appartenances, entièrement propriétaire de lui-même et recherchant en permanence son meilleur intérêt). Au lieu d’en conclure, à partir de ces deux cas-limites, que le libéralisme n’est pas intrinsèquement lié à l’anthropologie que je viens d’évoquer, il me paraît plus raisonnable d’en tirer, à l’inverse, la conclusion que ces deux auteurs n’appartiennent que de façon très marginale au libéralisme proprement dit (on pourrait d’ailleurs en dire autant de Pierre Manent).

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Nouvelle Ecole n°68 : Paléogénétique des indo-européens


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La découverte, à partir du XVIIIe siècle, de la parenté de la quasi-totalité des langues européennes, auxquelles il faut encore ajouter certaines langues de l’Asie centrale et d’une partie du Proche-Orient, a constitué un tournant décisif de l’histoire de la linguistique. Pour les désigner, on parle de langues indo-européennes. Depuis deux siècles, la recherche a permis d’établir que leur parenté ne se limite pas au vocabulaire de base, mais aussi à la syntaxe, aux structures grammaticales, aux racines et au mode de formation des mots. Elle a aussi montré que les langues indo-européennes dérivent les unes des autres de manière «arborescente», en sorte qu’il est possible, par la reconstitution linguistique, de restituer les traits essentiels de la langue-mère originelle d’où elles sont issues, l’indo-européen commun. Toute langue supposant des locuteurs, la question s’est posée du même coup d’identifier la ou les populations qui ont parlé et développé l’indo-européen commun, d’identifier aussi la culture matérielle qui était la leur et de situer son emplacement sur la carte. De l’indo-européen, on est ainsi passé aux Indo-Européens. C’est l’irritante question du foyer d’origine qui, dans le passé, a donné lieux aux hypothèses et aux supputations les plus diverses. Jusqu’à une période toute récente, on ne disposait pour étudier les Indo-Européens que de moyens relativement limités. La discipline essentielle était (et demeure) bien sûr la linguistique. L’archéologie a aussi joué un rôle. S’y ajoutent enfin les nombreux travaux, tels ceux de Georges Dumézil et de bien d’autres chercheurs, qui portent sur l’étude comparée des religions indo-européennes, des mythes, des épopées, des formulaires poétiques, etc. Or, depuis quelques décennies seulement, on dispose d’un nouveau moyen d’aborder la question. La mise au point de techniques de laboratoire, notamment le séquençage de l’ADN, a ouvert des perspectives décisives permettant d’identifier les porteurs de l’indo-européen commun et de restituer l’histoire de leurs migrations. Une chose est sûre : l’Europe ancienne s’est développée à partir de trois composantes majeures, que sont les chasseurs-cueilleurs du paléolithique, les agriculteurs du néolithique et les populations indo-européennes. Sur ces dernières, dont nous parlons les langues encore aujourd’hui, et dont nous portons les gènes, on en sait désormais beaucoup plus grâce à la paléogénétique.

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