De quoi Éric Zemmour est-il le prénom ?

Éric Zemmour

En 2009, vous avez publié aux Éditions Picollec un Dictionnaire des prénoms de plus de 500 pages. Que vous inspire la polémique suscitée par les récents propos d’Éric Zemmour au sujet du prénom porté d’Hapsatou Sy ?

Il n’est évidemment pas nécessaire d’être d’accord avec tout ce qu’écrit Éric Zemmour pour se sentir solidaire de lui dans la campagne de haine dont il fait actuellement l’objet. Hapsatou Sy, dont j’ignorais jusqu’à présent l’existence, me paraît par ailleurs être une hystérique de premier ordre. Cela dit, je ne peux approuver qu’on dise à quelqu’un que son prénom est une « insulte à la France ». D’abord parce que nul n’est responsable du prénom qu’il porte, ensuite parce qu’en abordant le sujet de l’immigration par le biais des prénoms, on s’aventure sur un terrain glissant.

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Populisme de gauche, populisme de droite, les fronts bougent…

En Allemagne, une femme politique d’extrême gauche, Sahra Wagenknecht, a récemment défrayé la chronique en annonçant la création d’un mouvement qui réclame un strict contrôle de l’immigration. Cette initiative a aussitôt déclenché des cris d’orfraie de ce côté-ci du Rhin. Cela vous paraît-il anecdotique ?

Pas du tout. Je pense même que c’est un événement très important. Non seulement parce que cela se déroule en Allemagne, qui ne nous a pas habitués à ce genre d’initiative, mais aussi compte tenu de la personnalité de Sahra Wagenkencht. Née à Iéna d’un père iranien et de formation marxiste (elle est l’auteur d’une thèse sur l’interprétation de Hegel par le jeune Karl Marx), épouse depuis quatre ans du célèbre politicien d’extrême gauche Oskar Lafontaine, membre du Parlement européen, elle est aussi vice-présidente du parti Die Linke, héritier de l’ancien SED d’Allemagne de l’Est. On comprend que le lancement, au début du mois dernier, de son nouveau mouvement, Ausftehen (« Debout »), ait fait du bruit. D’autant que 100.000 adhérents de Die Linke s’y seraient déjà inscrits.

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Democracy and Populism: The Telos Essays

Democracy and Populism: The Telos Essays

by Alain de Benoist

Edited and Introduced by Russell A. Berman and Timothy W. Luke

Purchase from the Telos website, also available in ebook format from Amazon.com.

« Europe has been on a long vacation from politics—for understandable reasons—but the price has been a failure to understand the most basic human questions, or even to ask them. Alain de Benoist reminds us that this vacation will have to end. »
Peter Thiel, entrepreneur, investor, and author of Zero to One: Notes on Startups, or How to Build the Future

The crisis of democracy, the consequences of neoliberalism and globalization, the limits of sovereignty, and of course the rise of populism: few thinkers have given more sustained attention to these matters than the French author Alain de Benoist. Democracy and Populismcollects de Benoist’s essays from the journal Telos, where many of his writings first appeared in English translation. Reading de Benoist in Telos provides access to a distinctive transatlantic intellectual dialogue and to an array of prescient insights into the current political condition on both continents. De Benoist clearly anticipated today’s political condition: the critique of neoliberalism, the contradictions in liberalism created by the postcolonial frictions of identity politics, and the implications of a resurgent populism. The specific forms of populist movements are sure to vary in the coming years, but the crisis of liberal democracy will remain the defining feature of political life for the foreseeable future. De Benoist explains why.

Contents
Introduction by Russell A. Berman and Timothy W. Luke
Democracy Revisited
The Idea of Empire
“We can only reach universality through particulars”: The Question of the Right: The 1993 Interview
Confronting Globalization
Nazism and Communism: Evil Twins?
What Is Sovereignty?
The First Federalist: Johannes Althusius
On Politics
On the French Right—New and Old: An Interview with Alain de Benoist
On Identity
On the French Referendum
Our American Friend Paul Piccone Was a Free Spirit and a Loud Talker
The Current Crisis of Democracy
Dismantling the Left–Right Divide
What Is Populism?

ISBN 978-0-914386-71-1
358 + xii pages
Pub. Date: September 1, 2018

Avec ou sans Mai 68, nous en serions au même point

Bien que vous ayez vécu cet événement, on ne vous a guère entendu sur le 50e anniversaire de Mai 68. C’est une commémoration qui, selon vous, ne s’imposait pas ?

Je crois qu’il faut conserver le souvenir du passé, mais la commémorationnite m’ennuie, surtout quand il s’agit de Mai 68. Cela fait un demi-siècle que, tous les dix ans, je lis les mêmes commentaires, les mêmes souvenirs, empreints de nostalgie ou rugissants d’amère rancœur. Très peu d’analyse critique, peu d’intelligence du sujet. Je pense, de surcroît, que les jeunes s’en fichent royalement : pour ceux qui ont aujourd’hui dix-huit ans, Mai 68 est aussi loin que l’était la fin de la Première Guerre mondiale pour les barricadiers : autant dire la préhistoire ! Quant à l’éventualité d’assister à un « nouveau Mai », il faut vraiment ne pas réaliser en quoi le monde d’aujourd’hui diffère du monde d’il y a un demi-siècle pour ne pas comprendre que cette façon paresseuse de penser relève de la parodie ou de la farce.

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Il y a une énigme Trump

La personnalité de Donald Trump n’en finit pas de dérouter les observateurs. D’un côté, on peut dire qu’il est complètement fou ; mais de l’autre, il est manifeste qu’il ne l’est pas. On le dit politiquement inculte, mais il ne manque pas non plus d’instinct politique. Est-il possible de dire qui est « vraiment » le nouveau président américain ?

Il y a une énigme Trump. Quand on le voit brandir sa signature de paranoïaque, on a l’impression d’être en présence d’un grand malade. Quand on le voit multiplier les volte-face, on s’interroge sur ses intentions réelles. D’un autre côté, il y a de toute évidence une logique trumpienne, faite de réalisme et de brutalité, au point qu’on se demande parfois si ce n’est pas de manière volontaire qu’il joue son personnage, peut-être pour mieux impressionner. À l’époque de la guerre du Vietnam, Nixon avait agi de la sorte avec les Chinois et les Nord-Vietnamiens. « Il est parfois très raisonnable pour un prince de simuler la folie », écrivait, au VIe siècle avant notre ère, Sun Tzu dans L’Art de la guerre. Mais il faut bien le dire, « le Donald » fait plus penser au Docteur Folamour qu’au Prince de Machiavel…

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Quand les « vieux » n’ont plus rien à nous apprendre c’est le passé qu’on oublie…

L’espérance de vie ne cesse de s’allonger. Ce phénomène n’est pas anodin, surtout depuis que les personnes âgées ne sont plus prises en charge par leur famille, comme c’est encore le cas en Afrique, mais par des établissements spécialisés qui coûtent de plus en plus cher et dans lesquels ils sont souvent maltraités. Une raison de plus pour ne pas vouloir vieillir ?

D’abord, rien ne garantit que l’espérance de vie va continuer à augmenter, et donc que les enfants nés dans les années 2000 vivront plus longtemps que leurs parents (on a même quelques bonnes raisons d’en douter). D’autre part, l’espérance de vie en bonne santé et l’espérance de vie tout court ne sont pas la même chose (en France, 79-85 ans pour l’espérance de vie, 62-63 ans pour l’espérance en bonne santé), d’autant que la seconde augmente plus vite que la première. Mais vous avez raison, le sort de ceux qu’on appelle aujourd’hui pudiquement des « seniors » est souvent peu enviable. Il ne faut certes pas généraliser, mais dans le meilleur des cas, les vieux sont des pépés et des mémés qu’on aime bien, surtout quand ils peuvent rendre des services (garder la maison, nourrir le chat et s’occuper des enfants), dans le pire des vieillards à qui l’on n’a plus rien à dire et dont on attend, avec plus ou moins d’impatience, le transfert aux soins palliatifs, quand on ne les abandonne pas dans une supérette sur l’autoroute pour pouvoir partir en vacances !

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La famille est certes une valeur-refuge. Mais de quelles familles parlons-nous ?

Pour la droite catholique et l’ensemble de la mouvance conservatrice, la famille n’a jamais été aussi menacée. Pourtant, ceux que l’on désigne comme ses ennemis n’ont, eux-mêmes, que le mot de « famille » à la bouche. Comment s’y reconnaître ?

Tous les sondages montrent, en effet, que la famille reste, dans l’opinion, la valeur la plus sûre, on pourrait dire la valeur-refuge par excellence. Mais c’est vrai, aussi, qu’elle est constamment menacée et attaquée. C’est que, dans les deux cas, on ne parle pas de la même chose. Pour la plupart de nos contemporains, la famille est une sorte de cocon assez égalitaire où se rencontrent avant tout les sentiments affectifs du moment. Pour les défenseurs de la « famille traditionnelle », la famille s’inscrit avant tout dans la durée. C’est une structure hiérarchisée, qui renvoie à l’enchaînement des générations et vis-à-vis de laquelle on a un certain nombre de devoirs. Malgré la résonance carcérale du terme, la famille se définit alors comme la « cellule de base » de la société. Mais c’est précisément ce qu’elle a cessé d’être.

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L’ultra-droite en France ? Ne refait pas la Fraction armée rouge qui veut !

L’affaire Benalla l’a un peu fait oublier, mais on a récemment démantelé un « réseau d’ultra-droite » en France. Son meneur est un retraité de plus de 60 ans. Xavier Raufer, spécialiste reconnu des questions de sécurité, assure que ce n’est pas à cet âge qu’on débute une carrière de terroriste. Tout cela est-il bien sérieux ?

Même sans les remous soulevés par les agissements d’Alexandre Benalla, cette histoire aurait rapidement été oubliée, tant elle manquait de sérieux. Elle n’a été médiatisée que dans l’espoir d’établir une fausse symétrie entre le terrorisme islamiste et les projets fumeux de quelques conspirateurs d’opérette : d’un côté 250 morts en trois ans, de l’autre des propos de comptoir. Personne ne pouvait s’y laisser prendre. Comme le terrorisme, la clandestinité ne s’improvise pas. C’est un choix de vie difficile, où il n’y a pas de place pour les pieds nickelés, les branquignols et les charlots. Elle exige une discipline féroce, des nerfs à toute épreuve, de la rigueur dans tous les domaines, un sens aigu de l’appréciation des situations. Ne refait pas la Fraction armée rouge (RAF) qui veut – surtout à une époque où les moyens de surveillance et d’investigation policières sont plus perfectionnés que jamais.

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