Sondages – « l’opinion publique » est toujours fantomatique !

Entretien paru sur Boulevard Voltaire


C’est devenu un lieu commun de dénoncer la « dictature des sondages », d’autant qu’ils sont toujours plus nombreux. Mais de plus en plus souvent, le candidat arrivé gagnant à l’élection n’est pas celui qui avait été donné vainqueur. « Dictature » toute relative, donc ?

Depuis leur apparition aux États-Unis au milieu des années 1930, et en France en 1965, à l’initiative de Jean Stoetzel, les critiques des sondages sont toujours les mêmes. L’une des plus communes correspond à ce que vous dites, en l’occurrence qu’il arrive aux sondages de se tromper. On l’a bien vu, naguère, avec l’élection présidentielle de 1995 (Balladur était donné gagnant par rapport à Chirac) ou celle de 2002 (Chirac devait affronter Jospin au second tour) et plus récemment avec le Brexit ou l’élection de Donald Trump. Observons, quand même, qu’il leur arrive aussi de ne pas se tromper – et que c’est même le cas le plus fréquent. Les sondages disent, en fait, très souvent la vérité, même s’ils peuvent aussi être manipulés, soit que les questions sont biaisées, soit que les réponses sont interprétées de façon tendancieuse.

Une autre critique, très ancienne elle aussi, porte sur les effets politiques des sondages. Beaucoup soutiennent qu’en faisant connaître l’opinion publique à l’opinion publique, on la transforme. C’est le côté performatif des sondages : ils rendraient vrai ce qu’ils annoncent et « fabriqueraient » ainsi le scrutin, certains sondés penchant automatiquement vers le vainqueur du sondage précédent. On remarque tout de suite que cette critique est contradictoire par rapport à la précédente : si les sondages « fabriquent » les résultats, on comprend mal qu’ils puissent se tromper, et s’ils se trompent, c’est qu’ils ne les « fabriquent » pas. En réalité, la publication des sondages peut aussi bien amplifier la mobilisation en faveur du mieux placé que susciter l’attitude inverse (« faire mentir les sondages »).

Mais comment fonctionnent exactement les sondages ?

Les instituts de sondage ont aujourd’hui pour la plupart abandonné la méthode dite aléatoire (on tire les sondés au sort) pour se rallier à la méthode des quotas, qui se fonde sur des échantillons de population jugés représentatifs. On présume que les résultats seront d’autant plus fiables qu’un plus grand nombre de personnes seront interrogées. Dans les faits, un sondage portant sur 1.000 ou 2.000 personnes bien choisies est censé donner des résultats extrapolables à l’ensemble de la population. Des techniques dites de « redressement » visent à donner du poids aux catégories sous-représentées dans l’échantillon retenu ou à compenser le phénomène de l’« électeur honteux » (celui qui n’ose pas dire aux sondeurs quelles sont ses préférences réelles).

Ces méthodes statistiques sont généralement fiables. Cependant, même lorsque l’échantillon est représentatif, il y a toujours une marge d’erreur – généralement de 2 à 3 %.

Lorsque cette marge est égale ou supérieure à l’écart séparant les favoris (ce qui est très souvent le cas), les sondages n’indiquent plus rien : il est mathématiquement faux, par exemple, de dire qu’un candidat va l’emporter sur un autre par 51 % contre 49 %. La vérité est qu’on n’en sait rien !

Dans le meilleur des cas, un sondage ne donne qu’une photographie d’un rapport de force ou d’un état de l’opinion à un moment donné : par exemple, le résultat des élections si celles-ci avaient lieu le jour même. Cette photographie n’est en aucun cas une prédiction. Elle est même d’autant plus éloignée du résultat final qu’elle se situe plus largement en amont du scrutin, d’abord parce que les intentions de vote peuvent fluctuer, ensuite parce que, plus on est éloigné de l’élection, plus le nombre de « non-réponses » est élevé. Or, c’est une énorme erreur d’assimiler ceux qui n’ont pas encore fait leur choix à de futurs abstentionnistes, car il y a aussi une évolution du niveau de mobilisation électorale.

En outre, si précis qu’il soit, un sondage n’équivaudra jamais à une élection – et ne pourra donc jamais la remplacer –, car l’élection implique une démarche publique, tandis que les sondeurs ne recueillent que des opinions privées. C’est ce qu’observait Jean-Pierre Dupuy, il y a déjà plus de vingt ans : « Le discours sur la scientificité des sondages laisse entendre que le vote est une procédure rationnelle. Croire cela, c’est se tromper de genre. L’élection est un immense rituel, chargé de sacré, ce que ne pourront jamais être les sondages. »

Il est évident que la sphère médiatique a longtemps participé de l’opinion. Mais on l’a dit aussi des sondages. Quel est leur rôle par rapport à l’opinion publique ?

L’opinion publique est, à bien des égards, un fantôme. On se souvient, notamment, du célèbre article de Pierre Bourdieu, « L’opinion publique n’existe pas », publié en 1973 dans Les Temps modernes. Il ne faut pas perdre de vue que les sondages ont recours à deux types de questions différentes, qu’il ne faut pas confondre. Les unes portent sur des opinions, tandis que les autres visent à saisir des intentions de comportement. Or, les secondes n’ont qu’une valeur prédictive très faible, à la fois parce que beaucoup de gens sont mis en demeure de répondre à des questions qu’ils ne se posaient pas, et parce qu’il y a toujours une marge entre les attitudes et les comportements. Les sondages d’opinion ne sont pas moins problématiques dans la mesure où ils cherchent à faire émerger des jugements, des valeurs ou des représentations qui sont, par définition, changeants. Ils indiquent comment se répartissent les choix, pas ce que pensent les gens.

Comment pourrait-on, d’ailleurs, définir et mesurer l’« opinion publique » sur la seule base d’une somme d’opinions individuelles privées ? Une collectivité est toujours plus que la somme de ses parties. En se bornant à agréger des réponses individuelles, on a toutes les chances de donner de l’opinion publique une représentation qui ne correspond pas une expression collective organisée.

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

Alain de Benoist à Strasbourg

Le jeudi 2 mars 2017 à 18h30 Alain de Benoist sera à la librairie Kléber afin de présenter
son dernier livre, Le moment populiste. Droite-gauche c’est fini.
Il sera accompagné à la tribune de Vincent Coussedière, professeur de philosophie
et auteur d’un Éloge du peuple remarqué.
Venez nombreux !

Emmanuel Macron – tout le contraire d’un populiste !

Entretien paru sur Boulevard Voltaire


Emmanuel Macron comme Donald Trump : le phénomène est plus intéressant que le personnage lui-même. Comment expliquer l’actuel phénomène Macron, qui se veut candidat hors système, alors qu’il est justement un pur produit du système ?

On peut facilement ironiser sur le personnage. Le petit Mickey travesti en Rastignac, la petite chose qui veut se faire aussi grosse qu’un président, le Micron transformé en Maqueron, le Ken du couple Ken et Barbie, le télévangéliste christique débitant à chacun les niaiseries qu’il veut entendre. Mais tout cela ne cerne qu’imparfaitement le phénomène. Ce qui frappe d’abord, c’est qu’Emmanuel Macron est le premier candidat postmoderne que l’on ait jamais vu se présenter à l’élection présidentielle. Les arguments raisonnés, les promesses lyriques, les démonstrations destinées aux électeurs, tout cela faisait encore partie de la modernité. Avec la postmodernité, on est dans l’affect à l’état pur, dans l’émotion, l’amour, l’extase. Le sentiment submerge tout, comme dans le discours des gourous.

Certains reprochent à Macron de n’avoir pas de programme et de multiplier les déclarations contradictoires. Mais on perd son temps à s’indigner ou à vouloir lui répondre. En régime postmoderne, les contradictions n’ont aucune importance, et ce n’est pas avec des programmes que l’on conquiert l’opinion. C’est avec des postures et des incantations. Ce ne sont pas les mots qui comptent, mais le métalangage, pas le réel mais le plus-que-réel, pas le textuel mais l’hypertextuel. En recourant à des stratégies narratives, à des mécanismes persuasifs fondés sur ce que lui indiquent les algorithmes, Macron ne cherche à convaincre que d’une chose : qu’il faut communier avec lui, fusionner avec lui, qu’il faut l’aimer autant qu’il s’aime lui-même (« Parce que je veux être Président, je vous ai compris et je vous aime ! »). Il est plein de vide, mais ce vide le remplit mieux que tout autre contenu. Une bulle, certes, mais qui continue à enfler.

Un mutant politique, un phénomène typiquement postmoderne.

Dans L’Obs, le philosophe Michel Onfray – qui faisait récemment la une de votre revue, Éléments – assure qu’Emmanuel Macron « est en réalité l’autre nom de l’ubérisation de la société ». Vous confirmez ?

Bien sûr. Au-delà des banalités et des platitudes qu’il accumule avec un aplomb que rien ne vient entamer, Macron se situe dans une perspective bien précise qu’on peut résumer de la façon suivante : la mondialisation heureuse, l’ubérisation de la société et la précarité pour tous. De ce point de vue, Macron est un libéral au sens complet du terme : libéral en économie, libéral en matière « sociétale », libéral en tout. C’est pourquoi il séduit à la fois la gauche « branchée », les économistes hors-sol et les centristes fascinés par la Silicon Valley, Jacques Attali et Bernard Kouchner, Alain Minc et Corinne Lepage, Renaud Dutreil et Pierre Bergé. Nathalie Kosciusko-Morizet ne déparerait pas dans ce paysage !

Macron se dit au-delà de la droite et de la gauche. Vous venez vous-même de publier un livre intitulé Le Moment populiste – Droite-gauche, c’est fini ! (Pierre-Guillaume de Roux). Ce positionnement apporte de l’eau à votre moulin ?

La grande caractéristique du populisme est de substituer au clivage horizontal droite-gauche un clivage vertical entre le peuple et les élites (« ceux d’en haut » contre « ceux d’en bas »). Mais l’effacement du clivage droite-gauche ne se constate pas seulement à la base. Par réaction, il se retrouve aussi dans la classe dominante, avec l’idée d’une « union nationale » destinée à faire barrage au populisme et à neutraliser les « récalcitrants » des deux bords. Il y a, là, une certaine logique : en même temps qu’il coalise à la base un électorat venu de la gauche et un électorat venu de la droite, le populisme suscite à la tête un regroupement de factions hier encore antagonistes, mais qui n’ont pas de mal aujourd’hui à réaliser que rien ne les sépare vraiment.

Cette nouvelle stratégie était déjà présente dans l’idée de « troisième voie » théorisée par Anthony Giddens à l’époque de Tony Blair, dont l’objectif avoué était de contribuer au « renouveau » de la social-démocratie dans le sens d’une fusion assumée avec la logique libérale. C’est elle que l’on retrouve en France chez Emmanuel Macron, véritable héritier du blairisme, quand il assure que « le vrai clivage dans notre pays […] est entre progressistes et conservateurs », ou chez le libéral Guy Sorman, pour qui « le récent référendum britannique sur la sortie de l’Union européenne n’a pas opposé la droite conservatrice à la gauche travailliste, mais les partisans de l’ouverture à ceux de la fermeture ». La « fermeture » étant censée désigner le « tribalisme » et le « repli sur soi », il faut comprendre que l’« ouverture » signifie l’adhésion à tout ce qui transcende les frontières, à commencer par les marchés financiers. La position de Macron représente donc le symétrique inverse du populisme. Elle cherche à unifier les élites mondialisées au-delà des étiquettes, tout comme les populistes essaient d’unifier le peuple.

Personne ne semble réaliser que, dans cette optique, un second tour de l’élection présidentielle opposant Marine Le Pen et Emmanuel Macron, où ne serait donc présent aucun représentant des deux grands partis de gouvernement qui ont en alternance gouverné la France pendant trente ans, représenterait un véritable tournant historique.

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

Pourquoi la « déradicalisation » des « islamistes » est vouée à l’échec…

 Entretien paru sur Boulevard Voltaire


Les pouvoirs publics avaient annoncé en fanfare le lancement de « centres de déradicalisation ». Aux dernières nouvelles, les résultats sont plutôt piteux. Cela vous étonne ?

Cela ne m’étonne pas du tout. Mais d’abord une remarque d’ordre sémantique, car les mots ne sont jamais innocents. Quel sens faut-il donner à ce terme de « déradicalisation » qui a brusquement surgi en 2004 dans le discours politique ? Il s’agit, apparemment, d’empêcher des gens de se tourner vers la radicalité ? Et pourquoi donc ? On semble tenir pour acquis que la radicalité est un synonyme d’extrémisme, ce qui est parfaitement inexact. La radicalité est une attitude de rigueur, qui s’attache aux racines des choses. Elle implique la conviction, l’intransigeance, nullement le fanatisme.

En outre, de quelle radicalité s’agit-il ? La « radicalisation » en soi n’a aucun sens. En parlant de « radicalisation » sans autre précision, on cherche en réalité à faire croire que l’islamisme radical n’est pas une forme d’islamisme mais une forme de radicalité parmi d’autres. On voit bien alors que, de proche en proche, la tentation pourrait être grande chez les pouvoirs publics de tenter de « déradicaliser » tous ceux qui feraient une critique radicale de la situation présente, de l’époque actuelle ou de l’idéologie dominante. S’abstenir de dire à quelle « radicalité » on s’attaque, c’est ouvrir la voie à toutes les dérives.

Mais c’est aussi laisser entendre que la radicalisation est une sorte de maladie de l’esprit, qu’il faudrait soigner comme telle, alors même qu’on ne dispose d’aucun instrument permettant de la définir ou de la mesurer. Au risque de ne s’attacher qu’aux symptômes en négligeant les causes, on transforme ainsi un problème politique en un problème psychologique ou psychiatrique, ce qui va de pair avec la tendance à décrire les islamistes qui commettent des attentats comme des individus mentalement perturbés, embrigadés ou « contaminés » parce que vulnérables. La « décontamination » relèverait alors de l’infirmerie et du lavage de cerveau. En Union soviétique, on internait déjà les dissidents dans des hôpitaux psychiatriques…

Cela dit, que les « centres de déradicalisation » n’aient abouti à rien, en dépit des budgets engagés, est assurément révélateur.

Les centres en question avaient-ils, d’ailleurs, vocation à « déradicaliser » des individus déjà radicalisés ou à traiter des candidats à la « déradicalisation » ? Sélectionnés selon quels critères ? Et pour en faire quoi ? Pour faire dialoguer entre eux des individus atteints de la même pathologie, comme aux Alcooliques anonymes : « Bonjour, je m’appelle Karim, et j’ai envie de partir faire le djihad. – Bonjour, Karim ! » ? Pour leur donner des cours de « vivre ensemble » et de « dialogue citoyen » selon les « valeurs républicaines » en leur expliquant patiemment que ce n’est pas bien du tout de vouloir décapiter son prochain ? Pour leur faire valoir qu’il est beaucoup plus gratifiant de devenir employé de bureau ou livreur de pizzas que soldat du califat ?

La force du djihadisme ne serait-elle pas d’apparaître comme une possible solution à des individus à la recherche de points de repère existentiels ?

 La grande question est de savoir ce que nous avons à proposer en matière de sens à la vie à ceux qui se trouvent en situation de rupture, sinon de désintégration ? « Il y aura toujours des jeunes gens qui préféreront le destin d’un lion mort à celui d’un chien vivant », écrivait récemment Pierre-André Taguieff. « Pour le djihadiste, ajoutait-il, la mort en martyr donne son plein sens à la vie. C’est ce qu’un Occident converti à l’individualisme hédoniste ne peut plus comprendre qu’au travers de la catégorie de “barbarie” […] Mais, face aux fortes convictions religieuses des djihadistes, les “valeurs” universelles sécularisées ne font pas le poids. Personne n’est prêt à mourir pour la laïcité. Ni pour l’État de droit ou le droit international ! »

Pourquoi ne parvient-on pas à le comprendre ?

Parce que nous avons perdu de vue la dimension anthropologique du religieux. Ce que notre époque ne parvient plus à comprendre, c’est que la religion puisse être vécue sous des formes convulsives. Nous avons oublié l’époque où, dans son De laude novae militiae, Bernard de Clairvaux justifiait sans état d’âme l’homicide des incroyants commis par des hommes d’Église. D’où la tendance à nier le caractère réellement religieux du djihadisme, et le refus d’admettre que les djihadistes se considèrent eux-mêmes comme des croyants. D’où, également, le recours rituel aux vertus de la « laïcité ».

Nous avons créé un monde désenchanté où l’individu est au centre du social, nous nous sommes convaincus que rien n’est pire que la mort, nous nous sommes habitués à l’idée que la conviction religieuse n’est jamais qu’une opinion individuelle parmi d’autres. Et nous découvrons avec stupeur que certains islamistes estiment qu’ils ne comptent pour rien au regard de la cause qu’ils défendent, qu’ils trouvent tout à fait normal de tuer ceux qu’ils regardent comme leurs ennemis et tout aussi normal de chercher à mourir. Mais comment peut-on croire encore que les raisons de vivre et les raisons de mourir sont les mêmes ? Comment peut-on considérer qu’il y a des choses qui valent plus que notre existence en tant qu’individus ? Comment peut-on estimer que le djihadisme est bien plus attractif que la démocratie libérale ? Nous sommes tout naturellement portés à penser que ces gens-là sont des fous, des « nihilistes », des malades mentaux, et qu’il faut donc les soigner plus encore que les combattre. Que les djihadistes soient engagés dans un fanatisme criminel n’est pas contestable. Mais ce sont les racines de ce fanatisme – de tout fanatisme – que nous ne parvenons plus à comprendre. C’est aussi pour cela que la « déradicalisation » est vouée à l’échec.

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

Les contours d’un monde que nous avons connu, et parfois aimé, se dissipent sous nos yeux

Entretien d’Alain de Benoist à Breizh Info


20/02/2017 – 08h15 Paris (Breizh-Info.com) – On attendait l’analyse d’Alain de Benoist sur la vague populiste. Là voici avec ce véritable manuel intitulé Le Moment populiste – Droite-Gauche, c’est fini ! (Editions Pierre Guillaume de Roux) . A lire d’urgence à la lumière des futures élections en France et en Europe.

L’extraordinaire défiance de couches de population toujours plus larges envers les « partis de gouvernement » et la classe politique en général, au profit de mouvements d’un type nouveau, qu’on appelle « populistes », est sans nul doute le fait le plus marquant des transformations du paysage politique intervenues depuis au moins deux décennies. Le phénomène tend même à s’accélérer, comme l’a montré l’élection de Donald Trump, survenant quelques mois après le « Brexit » britannique. Partout se confirme l’ampleur du fossé séparant le peuple de la Nouvelle Classe dominante. Partout émergent de nouveaux clivages qui rendent obsolète le vieux clivage droite-gauche.

Mais que faut-il exactement entendre par « populisme » ? S’agit-il d’un simple symptôme d’une crise générale de la représentation ? D’une idéologie ? D’un style ? Ou bien le populisme traduit-il une demande fondamentalement démocratique face à des élites accusées de ne plus faire de politique et de vouloir gouverner sans le peuple ? C’est à ces questions que répond ce livre, qui part de l’actualité la plus immédiate pour situer les enjeux politiques, sociologiques et philosophiques du débat.

Suite à la sortie de cet ouvrage majeur et à sa lecture, nous avons posé quelques questions à Alain de Benoist. (Pour commander le livre, cliquez sur l’image ci-dessous)

Breizh-info.com : « Droite et gauche, c’est fini ! » : tel est le sous-titre de votre ouvrage. Sur quoi basez-vous votre constat, sachant tout de même que, notamment en France et on le voit bien à l’occasion de cette période pré-électorale, les candidats se réclament toujours, pour la plupart, de la droite ou de la gauche (en incluant les « extrêmes ») ?

Alain de Benoist : Je consacre tout un chapitre de mon livre à l’histoire du clivage droite-gauche. Outre qu’il a toujours existé une multitude de droites et de gauches différentes, je montre que ce à quoi renvoie ce clivage n’a cessé d’évoluer dans le temps. Etre de gauche en 1880, c’était militer pour le colonialisme ; être de droite, c’était être hostile à la séparation de l’Eglise et de l’Etat ! La gauche était naguère le parti de la lutte des classes, c’est aujourd’hui le parti des droits individuels, tandis qu’une large partie de la droite s’est ralliée à la défense du marché, à l’axiomatique de l’intérêt et à l’explication économique du monde.

Les politologues, de leur côté, ne sont jamais parvenus à donner une définition de la droite et de la gauche qui fasse autorité. En proie à une crise d’identité significative, les partis de droite et de gauche sont eux aussi devenus incapables de donner un sens précis à ces termes. Ajoutez à cela que les familles sociologiques où l’on votait toute sa vie pour un parti donné ont aujourd’hui disparu : les gens « zappent » de droite à gauche ou le contraire, sans pour autant assister à autre chose qu’à une politique de droite faite par des partis de gauche ou à une politique de gauche faite par des partis de droite. Quant aux essais politiques qui paraissent en librairie, il est de plus en plus difficile de dire si leurs auteurs (Marcel Gauchet, Jean-Claude Michéa, Michel Onfray, etc.) sont eux-mêmes « de droite » ou « de gauche ».

La vérité est que la dyade droite-gauche est devenue obsolète pour décrire le paysage politique actuel. Le clivage gauche-droite n’est plus fonctionnellement opérant que sous le poids des habitudes : il y a une pesanteur historique de la logique bipolaire qui est entretenue par la politique politicienne, notamment au moment des élections. Mais quand on se réfère aux sondages d’opinion, on s’aperçoit qu’aux yeux d’une majorité de Français, ce clivage est de plus en plus dépourvu de sens. En 1980, ils n’étaient encore que 30 % à considérer les notions de droite et de gauche comme dépassées. En mars 1981, ils étaient 33 % ; en février 1986, 45 % ; en mars 1988, 48 % ; en novembre 1989, 56 % ; en 2011, 58 %. Ils sont aujourd’hui 73 % ! Progression extraordinairement significative.

La montée des mouvements populistes, qui articulent souvent des éléments de droite et des éléments de gauche dans une même demande politique et sociale émanant de la base, face à une offre politique « d’en haut » jugée décevante, voire insupportable, est l’une des conséquences de cette évolution. D’une part, le populisme substitue à l’axe horizontal droite-gauche un axe vertical « ceux d’en haut vs. ceux d’en bas », mais il suscite, accompagne et accentue de nouveaux clivages qui remplacent de plus en plus le clivage droite-gauche : clivage entre ceux qui profitent de la mondialisation et ceux qui en sont les victimes, clivage entre ceux qui pensent en termes de peuples et ceux qui ne veulent connaître qu’une humanité formée d’individus, clivage entre la France périphérique et la France urbanisée, le peuple et les élites mondialisées, les gens ordinaires et la Nouvelle Classe, les classes populaires ainsi que des classes moyennes en voie de déclassement et la grande bourgeoisie mondialiste, les tenants des frontières et les partisans de l’« ouverture », les « invisibles » et les « sur-représentés », les conservateurs et les libéraux, etc.

La formidable vague de défiance envers les élites (politiques, financières, médiatiques et autres) qui ne cesse d’alimenter le populisme a pour effet direct d’éliminer – Mélenchon dirait de « dégager » – l’ancienne caste des partis dits de gouvernement. La Démocratie chrétienne et le parti communiste ont été balayés en Italie, Syriza en Grèce a quasiment fait disparaître le Pasok, la dernière élection présidentielle en Autriche s’est jouée entre un écologiste et un populiste. On pourrait donner bien d’autres exemples.

En va-t-il différemment en France ? Je n’en ai pas l’impression. Parmi tous les scénarios qui restent possibles concernant la prochaine élection présidentielle, un duel Macron-Le Pen au second tour n’est pas le plus improbable. Personne ne semble réaliser que dans une telle hypothèse, et pour la première fois dans l’histoire de l’élection présidentielle, aucun des deux grands partis qui ont en alternance dirigé la France depuis plus de trente ans ne serait présent au second tour, ce qui représenterait un tournant historique de première importance.

Breizh-info.com : Les couches populaires semblent effectivement exaspérées, lassées, de la façon dont la cité est gérée. Mais sont-elles toutefois force de proposition ? Le taux d’abstention aux élections, le peu de mobilisation dans les grandes manifestations sociales ou sociétales ne sont-ils pas les signes d’un abandon de la vie de la cité par le peuple ?

Alain de Benoist : Ils sont plutôt la preuve de l’ampleur d’un malaise qui s’enracine dans la crise de la représentation : les gens ayant le sentiment de ne plus être représentés par leurs représentants, beaucoup estiment que cela ne sert plus à rien de faire usage le jour de l’élection d’une souveraineté dont ils savent qu’ils la reperdront dès le lendemain. C’est pourquoi les populismes aspirent à des formes de démocratie plus directe, référendaire ou participative, conscients qu’ils sont des dysfonctionnements et des limites d’une démocratie libérale qui a remplacé la souveraineté populaire par la souveraineté parlementaire et qui est aujourd’hui dirigée par une caste oligarchique qui ne cherche à défendre que ses seuls intérêts.

Les classes populaires ne sont pas seulement exaspérées par la « façon dont la cité est gérée ». Elles veulent en finir avec la gestion administrative, c’est-à-dire avec le pouvoir d’une expertocratie qui prétend que les problèmes politiques ne sont en dernière analyse que des problèmes techniques (pour lesquels il n’existe évidemment qu’une seule solution rationnelle) et qui cherche à rabattre le gouvernement des hommes sur l’administration des choses. Elles réalisent que la « gouvernance » n’est qu’un moyen de gouverner sans le peuple. Ce que Vincent Coussedière a appelé le « populisme du peuple » n’est rien d’autre qu’une demande adressée aux hommes politiques pour qu’ils fassent véritablement de la politique au lieu de s’en tenir à la gestion.

Vous me demandez si les « couches populaires » sont « force de proposition ». D’abord, appelons les choses par leur nom : les « couches » populaires sont en réalité des classes populaires et leur opposition aux élites relève du rapport de classes, tout comme la critique du populisme traduit un mépris de classe, l’idéologie dominante n’étant autre chose que l’idéologie de la classe dominante. Que veut dire ensuite cette expression de « force de proposition » qui fleure bon la langue de bois ?

Le peuple représente le pouvoir constituant, et il est d’autant plus présent à lui-même qu’il a les moyens de décider par lui-même de ce qui le concerne. Que ce soit à propos de l’immigration, de la mondialisation ou du pouvoir de la Commission européenne, le peuple voit bien que l’on n’a cessé de décider à sa place, et que ces décisions ont bouleversé sa vie quotidienne. Il est parfaitement apte à juger de ce qui est bon et de ce qui est mauvais pour lui. Pour qu’il fasse des « propositions », il faut seulement qu’on le consulte ou qu’on lui donne les moyens de trancher.

Breizh-info.com : Pourquoi le mot « populisme » a-t-il si mauvaise presse – tout en qualifiant chacun de ses opposants – au sein de l’élite ?

Alain de Benoist : Il en va du « populisme » comme du « communautarisme », devenu lui aussi un mot-caoutchouc qu’on utilise comme repoussoir afin de délégitimer tout ce que l’on déteste. Le « populisme » a mauvaise presse auprès des élites parce qu’ils recouvre tout ce qu’elles exècrent et redoutent le plus : le retour des « classes dangereuses ». En clair : le réveil de peuples décidés à perpétuer leurs valeurs, leur mode de vie et leur sociabilité propres.

Ce n’est pas un hasard si la critique du populisme se transmue très vite en critique du peuple, représenté couramment comme une masse de ploucs ignorants. Le prolétaire dont on vantait naguère la dignité (« pauvre mais digne »), la tenue et l’honnêteté, est devenu dans les médias un mélange de Bitru et de Dupont-Lajoie, inculte, méchant, xénophobe et rétrograde, qui s’entête obstinément à ne pas faire confiance à « ceux qui savent » et ne vote jamais comme on veut qu’il le fasse. Il est ainsi entendu, soit que le peuple ne sait pas ce qu’il veut, soit, lorsqu’il fait savoir qu’il veut quelque chose, qu’il n’y a pas lieu d’en tenir compte. « Il y en a marre du peuple ! », éructait Daniel Cohn-Bendit au lendemain du Brexit. Il disait ainsi tout haut ce que d’autres pensent tout bas.

Breizh-info.com : La fin des idéologie a été marquée par des vagues « populistes » en Europe, mais aussi et surtout par l’avènement d’une forme de désenchantement du monde, largement dominé aujourd’hui par les puissances économiques via la publicité et la globalisation. A partir du moment où le fils du militant communiste stalinien enraciné dans sa banlieue rouge est devenu un globe trotter travaillant pour différentes firmes internationales et se sentant partout chez lui, comment refonder demain – et autour de quoi – un espoir collectif pour les peuples ? Et cela autrement qu’en flattant certains bas instincts…

Alain de Benoist : Une remarque tout d’abord : le désenchantement du monde, dont les racines sont loin d’être contemporaines, ne signale nullement la « fin des idéologies », expression commode mais qui ne veut strictement rien dire, précisément parce qu’aucune société ne peut exister ne soit soumise à la pression d’une idéologie dominante.

Nous vivons aujourd’hui dans l’idéologie de la marchandise, c’est-à-dire dans une époque où l’imaginaire symbolique a été largement colonisé par les seules valeurs marchandes (calculabilité, rentabilité, profit, etc.). La déliaison sociale, le technomorphisme, la montée de l’individualisme narcissique, se conjuguent avec ce « fétichisme de la marchandise » (Karl Marx) pour transformer l’individu en « sujet automate » qui a de plus en plus avec ses semblables une relation calquée sur la relation aux choses.

La réponse à la question que vous posez dépend précisément de la possibilité d’abandonner cette idéologie de la marchandise, conséquence logique de l’anthropologie libérale, qui fait de l’homme un être égoïste cherchant en permanence à maximiser son meilleur intérêt matériel et privé. Cela implique de réhabiliter la sphère publique par rapport à la sphère privée, et de recréer les conditions d’émergence d’un projet collectif.

J’ai coutume de dire que dans l’expression « bien commun », le mot qui compte le plus est le second. Le rôle du politique est en effet de produire du commun. Ce commun, qui est la condition du véritable « vivre ensemble » – expression aujourd’hui galvaudée pour lui donner un sens tout à fait contraire à celui qui est le sien –, s’enracine nécessairement dans des valeurs partagées, mises en forme par l’histoire et par la culture, et dans lesquelles pourrait se reconnaître votre « fils de militant communiste stalinien » aussi bien qu’un jeune Français tenté par l’exotisme djihadiste.

Mais il est clair que nous en sommes loin, dans une société qui ne veut connaître que des individus, qui a oublié que les raisons de vivre et les raisons de mourir sont les mêmes, et qui s’imagine que le lien social se ramène au contrat juridique et à l’échange marchand.

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Breizh-info.com : Sous quelle forme pourrait intervenir ce « moment populiste » que vous évoquez ?

Alain de Benoist : Sous des formes différentes bien sûr, car le populisme n’est pas une idéologie (ce qui explique son caractère polymorphe).

Durant la seule année 2016, une représentante du Mouvement Cinq étoiles a été élue à la tête de la mairie de Rome, l’Angleterre est sortie de l’Union européenne, le FPÖ autrichien a manqué de peu l’élection d’un de ses représentants à la présidence de la République, le Front national a dépassé les 40 % dans certains élections locales, Podemos s’est emparé des mairies de Madrid et Barcelone, l’Alternative für Deutschland (AfD) a confirmé sa montée en Allemagne, Viktor Orbán s’est imposé au sein du groupe de Visegrád, Donald Trump a été élu aux Etats-Unis, Matteo Renzi a dû abandonner la présidence du Conseil en Italie, Hollande et Valls, Juppé et Sarkozy ont été (ou sont en passe d’être) renvoyés dans leurs foyers.

Le « moment populiste » n’est donc pas une éventualité : il est déjà là. Mais il est encore trop tôt pour en dresser un bilan qui, le moment venu, sera nécessairement contrasté.

Breizh-info.com : Y a-t-il des comparaisons historiques ou géographiques que vous pourriez faire avec la scène qui se déroule en Europe aujourd’hui ?

Alain de Benoist : Pas vraiment. On pourrait faire des comparaisons avec les populismes de la fin du XIXe siècle (le mouvement des narodniki en Russie, celui des fermiers grangers aux Etats-Unis) ou, en France, avec le mouvement boulangiste.

On pourrait aussi évoquer la fin de la République de Weimar. Mais je crois que tout cela ne nous mènerait pas bien loin. L’histoire ne repasse pas les plats, comme disait Céline, et les comparaisons historiques, si intéressantes qu’elles puissent être, trouvent rapidement leurs limites. Mieux vaut considérer que l’histoire est toujours ouverte, d’autant que nous voyons en ce moment se clore le grand cycle de la modernité.

Les contours d’un monde que nous avons connu, et parfois aimé, se dissipent sous nos yeux, tandis que le monde à venir reste nébuleux. Le populisme participe à sa façon de cette transition. Reste à savoir ce qu’il peut annoncer.

Breizh-info.com : Alain de Benoist, quelle est votre recette pour arriver à produire autant d’ouvrages, d’articles, précis, sources et argumentés, avec cette fréquence ?

Alain de Benoist : Il n’y a pas de recette. Pour moi comme pour tout le monde, les journées n’ont que vingt-quatre heures ! J’essaie seulement de bien m’organiser et de ne pas perdre mon temps en activités mondaines et en discussions inutiles.

Je travaille 70 heures par semaine, ce qui m’a permis de publier jusqu’à présent un peu plus de 100 livres, de 2 000 articles et de 600 entretiens (celui-ci sera le 638e !). Je n’en tire pas de gloire particulière : la quantité n’est pas gage de qualité, et je n’accorde au travail aucune valeur morale !

Breizh-info.com : Quels sont les derniers ouvrages que vous avez lus, appréciés, et que vous recommanderiez à nos lecteurs ?

Alain de Benoist : D’abord le livre de Jean Vioulac, Science et révolution (PUF), qui constitue une approche novatrice de la question de la technique à la lumière de la pensée phénoménologique de Husserl, ensuite le petit ouvrage de Ludwig Klages, L’homme et la Terre, qui date de 1913 et vient d’être traduit en français (chez RN Editions).

Dans un tout autre domaine : la réédition, aux éditions bretonnes Yoran Embanner, de trois importantes études de Françoise Le Roux et Christian-J. Guyonvarc’h : La civilisation celtique, Les fêtes celtiques et La souveraineté guerrière de l’Irlande (NDLR : voir à ce sujet nos chroniques sur Breizh-info.com)

Propos recueillis par Yann Vallerie

Crédit Photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2017 Dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

« Le moment populiste » sur Boulevard Voltaire

Article de  paru sur Boulevard Voltaire


Alain de Benoist, avec la clarté qu’on lui connaît, nous gratifie d’un essai substantiel sur ce qu’il appelle le « moment populiste ».

Alain de Benoist, avec la clarté didactique et la fluidité stylistique qu’on lui connaît, nous gratifie d’un essai substantiel sur ce qu’il appelle le « moment populiste », laissant peut-être sous-entendre que le populisme annonce davantage une nouvelle ère politique que l’avènement véritable d’un peuple démiurgique qui se substituerait aux élites dirigeantes, politiques, financières et médiatiques. Surtout, et c’est la thèse centrale du livre annoncée par un sous-titre exclamatif, ce moment sonnerait l’hallali à terre du vieux clivage droite-gauche.

Partout, constate Benoist, « les coups de boutoir de la protestation populiste » ont littéralement renversé les paradigmes habituels de la bipartition de la vie politique occidentale (de l’Europe aux États-Unis), en convoquant dans le ronronnant jeu de quilles électoral un tiers, jusque-là exclu, le peuple, celui-ci reportant ses suffrages sur des tribuns ou des partis réputés « extrêmes » par le Système. Le consensus mou et anesthésiant vole en éclats, réintroduisant, du même coup, la notion intrinsèquement démocratique du « conflit maîtrisé », attendu, précisément, que « la démocratie n’est pas soluble dans le procédural, car elle est de forme agonistique ».

À cette aune, le fracassant retour du peuple au sein de son amnios principiel qu’est l’affrontement démocratique pacifié – et légitimé en tant que tel – fait resurgir ce que l’apathie de nos sociétés consuméristes avait subsumé sous l’épais édredon hédoniste de l’amollissant confort égo-individualiste, à savoir la dimension tragique de l’existence ; en l’occurrence, celle du politique qu’un certain universalisme unanimiste a cru évacuer à peu de frais en tournant le dos à l’ontologique discrimination schmittienne de l’ami et l’ennemi.

Au travers d’une douzaine de chapitres – bâtis à l’ombre tutélaire de penseurs radicaux essentiels tels que Jean-Claude Michéa, Ernesto Laclau, Costanzo Preve, Paul Piccone, Christopher Lasch, Thibault Isabel, etc. –, Benoist fait ressortir, selon nous, deux traits saillants caractérisant cet instant populiste : la fatigue générale qui a gagné, jusqu’à l’exaspération, les couches populaires, d’une part, la chute finale des grandes idéologies structurantes – que notre auteur dénomme « les grands récits » – qui ordonnaient les rapports sociaux et charpentaient les mentalités, d’autre part.

Ne trouvant plus d’écho au sein d’une classe politique endogamique et interchangeable, le pays réel s’en est progressivement détourné, à proportion du mépris croissant dans lequel ceux-là finissent par tenir celui-ci, notamment en le diluant contre son gré dans un immigrationnisme d’indifférenciation et en immolant les patries héréditaires, indivises et charnelles aux bûchers holocaustiques du mondialisme transfrontiériste. Quant aux idéologies qui conféraient un sens à la vie (qui ne se résume pas, en effet, à un indice de croissance ou à un crédit renouvelable), comme le socialisme ou le christianisme, elles se sont noyées corps et bien dans « les eaux glacées du calcul égoïste », pour reprendre la saisissante formule de Marx.

Il résulte de ces effondrements une crise profonde d’identité affectant l’être même des peuples et qui les pousse tout autant à « l’accablement », au « désenchantement » et à la « désillusion ». En phénoménologue avisé, Alain de Benoist s’attache à saisir l’essence du populisme ressenti par les intéressés comme une indicible fracture : « Le déchaînement des logiques de l’illimité dans un monde privé de repères suscite dans les esprits un malaise identitaire et existentiel profond. Quand on parle de populisme, il faut tenir compte de ce malaise encore aggravé par l’intériorisation de l’idée qu’il n’y a pas d’alternative à la disparition de tout horizon de sens au sein du monde de la reproduction économique : “Le monde ne doit plus être ni interprété, ni changé : il doit être supporté” (Peter Sloterdijk) » [philosophe allemand connu pour sa critique originale de la modernité organisée, entre autres, autour de la figure du « cynique » NDLR].

Ο Αλαίν ντε Μπενουά συζητά με τη Φωτεινή Μαστρογιάννη για την κρίση και την παγκοσμιοποίηση

Source : Φωτεινή Μαστρογιάννη


Ο Αλαίν ντε Μπενουά (Alain de Benoist) είναι Γάλλος ακαδημαϊκός και φιλόσοφος, επικεφαλής του think tank GRECE. O Αλαίν ντε Μπενουά ασκεί κριτική στον νεοφιλελευθερισμό και στην παγκοσμιοποίηση.

ΦΜ: Στην Ελλάδα, πολλοί υποστηρίζουν ότι η κρίση είναι κυρίως πολιτική, κοινωνική και ηθική. Ποια είναι η άποψή σας;

ΑΝΜ: Η πτώση του Τείχους του Βερολίνου και η κατάρρευση του σοβιετικού συστήματος δεν σηματοδότησαν μόνο το τέλος του εικοστού αιώνα ή το τέλος της μεταπολεμικής περιόδου αλλά το τέλος του κύκλου νεωτερικότητας. Έχουμε εισέλθει πλέον στη μετανεωτερικότητα, η οποία είναι ένα μεσοδιάστημα, ένας χρόνος μετάβασης. Βλέπουμε να ξεθωριάζει το περίγραμμα του παλιού κόσμου που γνωρίζαμε και μερικές φορές αγαπούσαμε ενώ ο κόσμος που έρχεται, παραμένει περισσότερο ή λιγότερο νεφελώδης. Μια τέτοια κατάσταση είναι ιδιαίτερα ευνοϊκή για τη δημιουργία κρίσεων διότι συνεπάγεται την εξαφάνιση των γνωστών ορόσημων. Θα ήθελα να πω ότι σήμερα βρισκόμαστε σε μια γενικευμένη κρίση: οικονομική και χρηματοπιστωτική κρίση, πολιτική και θεσμική κρίση, πνευματική και ηθική κρίση. Αλλά αν δεν κάνω λάθος η λέξη «Κρίση» στα ελληνικά σημαίνει επίσης «απόφαση». Κάθε κρίση απαιτεί μια απόφαση. Το ερώτημα είναι ποιος είναι τώρα σε θέση να αποφασίσει – και προς ποια κατεύθυνση.

ΦΜ: Η Ευρωπαϊκή Ένωση αμφισβητείται πλέον από μεγάλο μέρος των λαών της Ευρώπης. Ποια πιστεύετε ότι θα είναι η εξέλιξή της;

ΑΝΜ: Ανακοινώνοντας πρόσφατα ότι δεν θα επιδιώξει την ανανέωση της θητείας του ως Προέδρου της Ευρωπαϊκής Επιτροπής, ο Ζαν-Κλωντ Γιουνκέρ ομολόγησε την απαισιοδοξία του. Είναι μια ομολογία που ποτέ δεν πέφτει έξω. Εδώ και είκοσι ή τριάντα χρόνια, η «Ευρώπη» παρουσιάστηκε ως η λύση για όλα τα προβλήματα. Σήμερα, με τη σειρά της έχει καταστεί η ίδια ένα πρόβλημα που συνεχίζει να επιδεινώνει όλα τα άλλα.
Η ευρωπαϊκή ολοκλήρωση, στην αρχή της, κινήθηκε εκτός κοινής λογικής: έδωσε έμφαση στην οικονομία και στο εμπόριο, και όχι στην πολιτική και στον πολιτισμό, χωρίς οι λαοί να ενημερωθούν για τον προσανατολισμό της. Οι αποφάσεις λαμβάνονται από την κορυφή (η Κομισιόν στις Βρυξέλλες) και όχι από τη βάση, προτιμώντας τη διεύρυνση με νέα κράτη -μέλη αντί της εμβάθυνσης των υφιστάμενων δομών, ανεξάρτητα από τα γεωπολιτικά δεδομένα κ.λπ. Ως εκ τούτου, η δυσαρέσκεια των λαών με την Ευρωπαϊκή Ένωση είναι απόλυτα δικαιολογημένη. Είναι κρίμα που αυτή η δυσαρέσκεια επεκτείνεται σε όλες τις μορφές της ευρωπαϊκής ιδέας.

Αντί να ενώνει τα έθνη και τους λαούς της Ευρώπης, όπως δηλώνει το όνομά της, η Ευρωπαϊκή Ένωση, στις ημέρες μας, πλέον ανίσχυρη και σχεδόν ερειπωμένη, στην πραγματικότητα τους διαίρεσε: η διαίρεση μεταξύ Βορρά και Νότου, λόγω της υιοθέτησης ενός ενιαίου νομίσματος, του ευρώ, το οποίο παρέβλεπε τις διαφορετικές δομές και τα επίπεδα μεταξύ των χωρών και πιο πρόσφατα η διαίρεση μεταξύ Ανατολής και Δύσης, λόγω της συζήτησης για τη μετανάστευση. Προσθέστε σε αυτό, το γεγονός ότι η Ευρωπαϊκή Ένωση ενώ είναι πανταχού παρούσα στην καθημερινή επιχειρηματική πραγματικότητα, είναι ανύπαρκτη σε όλους τους βασικούς τομείς (διπλωματίας και άμυνας), κάτι το οποίο της απαγορεύει να διαδραματίσει έναν ουσιαστικό ρόλο σε έναν πολυπολικό κόσμο. Η σημερινή της μορφή, που είναι αυτή της Ευρώπης της αγοράς και όχι μίας Ευρώπης της δύναμης, καθιστά την Ευρωπαϊκή Ένωση μη βιώσιμη.

ΦΜ: Η αθρόα είσοδος μεταναστών, σύμφωνα με κάποιους, θα βοηθήσει στην επίλυση του ασφαλιστικού προβλήματος και θα εμπλουτίσει την ευρωπαϊκή οικονομία με τις δεξιότητες των μεταναστών. Άλλοι υποστηρίζουν ότι το πολιτισμικό πλαίσιο της Ευρώπης κινδυνεύει λόγω των μεταναστών, κυρίως των μουσουλμάνων, οι οποίοι έχουν μία διαφορετική κουλτούρα. Ποια είναι η άποψή σας;

ΑΝΜ: Η άποψη σύμφωνα με την οποία οι μετανάστες θα δώσουν ώθηση στην οικονομία ως υποκατάστατο της δημογραφικής παρακμής είναι των οικονομολόγων που σκέπτονται αφαιρετικά. Οι οικονομολόγοι αυτοί δεν υπολογίζουν τον πολιτισμό και πιστεύουν ότι οι άνθρωποι είναι εναλλάξιμοι.
Αυτός είναι ο λόγος που οι εργοδότες πάντα ενθάρρυναν τη μετανάστευση, ο Καρλ Μαρξ δικαίως χαρακτήρισε τους μετανάστες ως τον «εφεδρικό στρατό του κεφαλαίου.» Αλλά μπορούμε τώρα να δούμε ποια είναι τα αποτελέσματα: η παρουσία των μεταναστών συντελεί στο να μειωθούν οι μισθοί προς τα κάτω σε μια εποχή που οι Ευρωπαίοι εργαζόμενοι βρίσκονται ήδη σε αθέμιτο ανταγωνισμό με το υπο-προλεταριάτο του Τρίτου Κόσμου λόγω των μετεγκαταστάσεων των επιχειρήσεων.

Σε όλες τις ευρωπαϊκές χώρες όπου η μετανάστευση έχει πραγματοποιηθεί σε μία συγκεκριμένη κλίμακα είδαμε την ανάπτυξη κοινωνικών παθολογιών, τη δημιουργία περιοχών ανομίας, είδαμε μουσουλμάνους που στρέφονται κατά της κοινωνίας εξυπηρετώντας κατά καιρούς την αναβίωση της τρομοκρατίας, κλπ Οι λαϊκές τάξεις είναι τα πρώτα θύματα. Όλα αυτά είναι γνωστά στους πάντες. Το πρόβλημα της μετανάστευσης είναι ένα σύνθετο πρόβλημα που δεν μπορούμε να λύσουμε ούτε με την ξενοφοβία ούτε με έναν αγγελικό τρόπο. Απαιτεί ρεαλισμό που πρέπει να λάβει υπόψη την πολιτιστική, θρησκευτική και κοινωνιολογική πλευρά, ειδικά σε μια εποχή όπου η ανάπτυξη έχει σχεδόν εξαφανιστεί, οι θέσεις εργασίας είναι λίγες και οι άνεργοι ανέρχονται σε δεκάδες εκατομμύρια.

ΦΜ: Η παγκοσμιοποίηση που συνεπάγεται την ελεύθερη διακίνηση κεφαλαίων και αγαθών απειλεί να καταστρέψει τα έθνη. Στην Ελλάδα το βιώνουμε ιδιαίτερα έντονα με την αλλαγή των βιβλίων της ιστορίας και την παραμόρφωση της γλώσσας. Είναι το τέλος των εθνών;

ΑΝΜ: Κατ ‘αρχάς, δεν πρέπει να συγχέoυμε τα έθνη με τα έθνη-κράτη. Το έθνος-κράτος, το οποίο ήταν ο μεγάλος πολιτικός παράγοντας της εποχής της νεωτερικότητας, βρίσκεται επίσης σε κρίση και για μεγάλο χρονικό διάστημα. Πάρα πολύ μεγάλο για να λύσει τα μικρά προβλήματα και πολύ μικρό για να λύσει τα μεγάλα, σταδιακά στερήθηκε την κυριαρχία του σε όλους τους τομείς (στρατιωτικό, πολιτικό, νομισματικό, δημοσιονομικό, κλπ). Μεγάλο μέρος του παραμένει ωστόσο όσον αφορά την παρακολούθηση και τον έλεγχο των πληθυσμών. Τα έθνη είναι κυρίως το αποτέλεσμα του πολιτισμού και της ιστορίας. Οι άνθρωποι που τα απαρτίζουν αρνούνται την αναίρεση των κοινωνικών δεσμών, τη διάλυση της κοινωνικότητας, την απώλεια της μνήμη τους. Αυτός είναι ο λόγος για τον οποίο το ζήτημα της ταυτότητας έρχεται τώρα στο προσκήνιο. Η παγκοσμιοποίηση, υπό αυτή την έννοια, πρέπει να εκτιμηθεί με διαλεκτικό τρόπο: από τη μία ομογενοποιεί και απομακρύνει τις διαφορές αλλά από την άλλη προκαλεί αντιδράσεις που οδηγούν προς την κατεύθυνση ενός νέου κατακερματισμού.

Το μεγάλο σημερινό πολιτικό χάσμα δεν είναι η διαίρεση μεταξύ αριστεράς και δεξιάς αλλά αυτό που δημιουργεί τους νικητές και τους χαμένους της παγκοσμιοποίησης, όσοι θέλουν να αφαιρέσουν όλα τα σύνορα και εκείνοι που θέλουν να τα διατηρήσουν, από την μία πλευρά είναι η εργατική τάξη (και η μεσαία τάξη που απειλείται με υποβιβασμό) και από την άλλη η παγκοσμιοποιημένη ελίτ. Αυτό εξηγεί την άνοδο του λαϊκισμού, το βρετανικό Brexit, την εκλογή του Ντόναλντ Τραμπ, κλπ

ΦΜ: Οι γεωπολιτικές συνθήκες αλλάζουν. Ο ρόλος της Ευρώπης φαίνεται ότι περιορίζεται (ειδικότερα της Γερμανίας). Σύμφωνα με τις δηλώσεις Τραμπ, θα δοθεί μεγαλύτερη έμφαση στις σχέσεις ΗΠΑ-Ρωσίας έναντι της Κίνας. Θεωρείτε ότι επίκειται ένας Παγκόσμιος Πόλεμος;

ΑΝΜ: Όχι, δεν πιστεύω σε έναν επικείμενο Παγκόσμιο πόλεμο (ακόμη και αν ο κίνδυνος πολέμου δεν μπορεί να θεωρηθεί ανύπαρκτος). Νομίζω, ωστόσο, ότι με την Χίλαρι Κλίντον, υπήρχαν όλες οι προϋποθέσεις για έναν πόλεμο εναντίον της Ρωσίας. Όσον αφορά τον Ντόναλντ Τραμπ, είναι ακόμη πολύ νωρίς για να πούμε κάτι, πρώτον διότι οι προθέσεις του δεν είναι πολύ σαφείς και γιατί η παρορμητική και ιδιότροπη προσωπικότητα του τον καθιστά απρόβλεπτο.

Στη διεθνή πολιτική, ο Τραμπ φαίνεται να ευνοεί μια πολιτική συνεργασίας με τη Ρωσία, κάτι που είναι καλό αλλά δεν είναι σαφές αν πραγματικά εφαρμοστεί (οι αντι-ρωσικές κυρώσεις δεν έχουν αρθεί) και αν ο κύριος στόχος του δεν είναι κατά κύριο λόγο να διεγείρει τις σχέσεις μεταξύ της Κίνας και του Κρεμλίνου. Η φιλοισραηλινή και αντι-ιρανική θέση του Τραμπ μπορεί επίσης να προκαλέσει προβλήματα, και δεν είναι βέβαιο ότι αυτή η θέση μπορεί εύκολα να συμβιβαστεί με μία «φιλορωσική» πολιτική. Αυτό που είναι βέβαιο είναι ότι ο Τραμπ δεν ενδιαφέρεται για την Ευρώπη και ο Πούτιν, από την πλευρά του, έχει κατανοήσει ότι δεν έχει πολλά να περιμένει. Στη Μόσχα, όπως και στην Ουάσιγκτον και στο Πεκίνο, φαίνεται ότι έχουν κατανοήσει ότι η ιστορία είναι τραγική και ότι η διεθνή πολιτική βασίζεται κυρίως στην ισορροπία της εξουσίας. Η Ευρώπη συνεχίζει να ζει στα σύννεφα.

ΦΜ: Κάποιοι υποστηρίζουν ότι οι άνθρωποι δεν αντιστέκονται στον σύγχρονο αυταρχισμό γιατί δεν υπάρχει μία καινούρια ιδεολογία στην οποία να πιστέψουν. Ποιοι είναι οι λόγοι, κατά την άποψή σας, που δεν δημιουργείται μία καινούρια ιδεολογία;

ΑΝΜ: Είναι δύσκολο να απαντήσω σε αυτήν την ερώτηση, γιατί δεν υπάρχουν οι αντικειμενικές συνθήκες προκειμένου να εμφανιστεί μια νέα ιδεολογία. Πολλές ιδεολογίες του παρελθόντος έχουν πλέον καταστεί άνευ αντικειμένου, αλλά θα ήταν σοβαρό λάθος να πιστεύουμε ότι ζούμε σε μια μετα-ιδεολογική εποχή. Στην πραγματικότητα ζούμε την ιδεολογία των εμπορευμάτων που υπηρετεί τον κινητήρα της υπερσυσσώρευσης του κεφαλαίου. Ανθρωπολογικά μιλώντας, ο ναρκισσιστικός ατομικισμός και ο σύγχρονος ωφελιμισμός πάνε χέρι-χέρι με την υπεροχή των αξιών του συστήματος της αγοράς, την εμμονή με την ανάπτυξη, την κερδοφορία και το κέρδος.

ΦΜ: Έχετε να στείλετε κάποιο μήνυμα στους Έλληνες;

ΑΝΜ: Νιώθω μεγάλη συμπάθεια για όλα όσα έχει εκπροσωπήσει και εξακολουθεί να εκπροσωπεί η Ελλάδα. Είμαι αλληλέγγυος με τον ελληνικό λαό που έχει συνθλιβεί και ταπεινωθεί από την τερατώδη πολιτική λιτότητας που εφαρμόζεται από τις Βρυξέλλες και οι οποίες αποφάσισαν για μία ακόμα φορά ότι οι οικονομικές απαιτήσεις θα πρέπει να επιβάλλονται με όλα τα μέσα εις βάρος των πολιτιστικών αξιών, του τρόπου ζωής και τις προσδοκίες του λαού. Οι Έλληνες είναι σήμερα ίσως ο πιο δυστυχισμένος λαός της Ευρώπης. Αυτό μπορεί να είναι και ο λόγος που θα είναι οι πρώτοι που θα μπουν στο σωστό δρόμο για μια νέα αρχή.

ΦΜ: Σας ευχαριστώ, τιμή μου που συνομιλήσατε μαζί μου.

Derechos Humanos. Deconstrucción de un mito moderno

Introducción
Una religión para nuestro tiempo: los Derechos humanos / 9
Rodrigo Agulló
Más allá de los Derechos humanos.
Defender las libertades / 53
Alain de Benoist
Introducción / 53
I. ¿Constituyen derecho los Derechos humanos? / 56
*Excursus: la Iglesia y los Derechos humanos / 67
II. En busca de un fundamento / 70
III. Derechos humanos y diversidad cultural.
Universalidad y no universalidad de los Derechos humanos / 93
IV. Más allá de los Derechos humanos:
política, libertad, democracia / 114
La ideología de los Derechos humanos:
¿nuevo colonialismo? / 155
Entrevista con Alain de Benoist
Apéndice
Reflexiones sobre los Derechos humanos / 165
Charles Champetier
Apéndice
Una crítica jurídica de los Derechos humanos / 179
Jesús Sebastián Lorente