La démondialisation, avenir des nations ?

Entretien d’Alain de Benoist avec Nicolas Gauthier paru sur Boulevard Voltaire


Depuis quelques années, certains auteurs n’hésitent pas à parler de « démondialisation ». Est-ce une observation objective ou un simple vœu pieux ?

Alain de Benoist: Depuis le début des années 2010, suite à la publication du célèbre ouvrage du Philippin Walden Bello (Deglobalization, 2002), nombre d’auteurs (Jacques Sapir, Emmanuel Todd, Frédéric Lordon, Edgar Morin, etc.) ont en effet commencé à parler de démondialisation. Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Pierre Chevènement, Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchonse sont également emparés de ce thème. Le débat a même encore rebondi récemment : Donald Trump s’est fait élire en dénonçant les effets de la mondialisation et le Brexit l’a emporté grâce au vote des régions dévastées par la désindustrialisation. C’est cependant moins un constat qu’un mot d’ordre. L’idée générale est qu’il est possible d’en finir avec la mondialisation ou, du moins, qu’il est possible de lui donner un autre contenu, idée à laquelle, d’après les sondages, 65 % des Français sont aujourd’hui favorables. Lire la suite …

Macron – Le Pen, un référendum sur la mondialisation

Entretien par sur Breizh Info


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23/03/2017 – 07H10 Paris (Breizh-info.com) – Suite au débat présidentiel qui s’est déroulé lundi soir sur TF1 avec la moitié seulement des candidats à l’élection, nous avons interrogé Alain de Benoist, intellectuel, philosophe et politologue pour recueillir ses impressions.

Breizh-info.com : Qu’avez-vous pensé du « débat » organisé le lundi 20 mars sur TF-1 ? Pourriez-vous, candidat par candidat, définir ce que vous avez ressenti chez eux ?

Je n’en ai pas pensé grand-chose. Il était assez soporifique et les questions essentielles n’y ont pratiquement pas été évoquées. Jean-Luc Mélenchon, à mon avis, a nettement dominé les autres candidats.

En joignant le lyrisme aux arguments raisonnés, il a une fois de plus démontré qu’il est un véritable tribun. Emmanuel Macron a comme d’habitude parlé pour ne rien dire. François Fillon a défendu de façon un peu raide le point de vue ordo-libéral.

Marine Le Pen a été assez inégale, et Benoît Hamon ressemble de plus en plus à un Schtroumpf.

Breizh-info.com : Est-il normal, selon vous, que TF-1 n’ait sélectionné que 5 des 11 candidats à l’élection ? Sommes-nous encore dans un cadre démocratique ?

Ce n’est évidemment pas normal. L’argument selon lequel, avec les onze candidats, l’émission aurait duré plus de six heures ne vaut rien. Il était parfaitement possible d’organiser une série de débats regroupant « petits » et « grands » candidats par groupes de trois ou quatre.

C’est de toute évidence une violation flagrante de la règle d’égalité entre les candidats.

Breizh-info.com : Les sondages montrent une adhésion forte des Français aux propositions du FN sur les questions, notamment, de sécurité ou d’immigration. La position anti-euro et anti-UE prise par Marine Le Pen ne pourrait-elle pas lui coûter finalement l’élection ?

Les questions d’immigration et d’insécurité sont fondamentales, mais ce serait une erreur de croire que l’électorat du FN n’est motivé que par elles. Tous les sondages montrent que le chômage et le pouvoir d’achat viennent en tête des préoccupations des Français.

En ce qui concerne l’euro et l’Union européenne, Marine Le Pen a fait connaître ses préférences, et certains de ses électeurs potentiels ne les partagent sans doute pas, mais je doute que l’Europe et la monnaie unique soient au centre de leurs préoccupations.

Cela montre au moins que la présidente du FN est moins démagogue qu’on ne le dit. Marine Le Pen, par ailleurs, a dit aussi qu’en cas de victoire ce n’est pas elle qui déciderait en la matière, mais le peuple français par le moyen du référendum. Cela me paraît de nature à faire tomber certaines préventions.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui ne vous plaît pas chez Emmanuel Macron ?

La personne d’Emmanuel Macron ne m’intéresse pas. Ce qui me déplaît chez lui, c’est ce qu’il représente, en l’occurrence le regroupement des élites dirigeantes acquises à la mondialisation, qui ont compris qu’il leur fallait s’unir pour faire face au « populisme du peuple ».

J’ai déjà eu l’occasion de le dire : Macron, héritier de Tony Blair (et clone de Justin Trudeau), c’est la mondialisation tous azimuts, la suppression des frontières, la précarisation pour tous et le pouvoir sans partage des puissances financières.

Face à lui, Marine Le Pen ne peut avoir de chances de l’emporter qu’en faisant comprendre que le second tour de la présidentielle ne sera pas un vote pour ou contre le Front national, mais un référendum sur la mondialisation.

Propos recueillis par Yann Vallerie

Crédit photo : getty images (cc)
[cc] Breizh-info.com, 2017 Dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

« Post-vérité » – en suspendant le jugement, l’émotion permet la manipulation…

Entretien d’Alain de Benoist avec Nicolas Gauthier paru sur Boulevard Voltaire


Un nouveau concept politico-linguistique fait actuellement beaucoup parler de lui : la « post-vérité ». Il y aurait donc une « anté-vérité » ? Qu’est-ce que tout cela veut dire ?

La « post-vérité » (post-truth) a, en effet, été choisie en 2016 comme « mot de l’année » par le Dictionnaire d’Oxford. Le terme est apparu aux États-Unis dans le sillage de la « French Theory » au début des années 1990, lorsque des auteurs comme Michel Foucault ou Jacques Derrida ont commencé à discréditer la notion de vérité comme un « grand récit » auquel on ne pouvait plus croire. Dans la foulée, un certain nombre de journalistes ont cru possible de s’affranchir de leur devoir de neutralité face aux événements. Le mot a, ensuite, été popularisé en 2004 avec le livre de Ralph Keyes, The Post-Truth Era. Lire la suite …

Vous aimez la mondialisation ? Votez Macron !

Entretien paru sur Boulevard Voltaire


La liste définitive des candidats à l’élection présidentielle est maintenant connue. Cette échéance électorale, qui aura été d’un cru inédit, a déjà provoqué une foule de commentaires, notamment sur Boulevard Voltaire. Quels sont les vôtres ?

Alain de Benoist : Je ne m’intéresse pas aux commentaires, toujours superficiels et ennuyeux quand ils se bornent à dire pourquoi l’on aime ou non tel ou tel candidat, mais seulement aux analyses, qui permettent de comprendre le sens de ce que l’on voit. Quand vous dites que cette élection, qui fut effectivement riche en coups de théâtre et en rebondissements, aura été d’un cru inédit, vous êtes encore en dessous de la réalité. Non seulement elle ne ressemble à aucune autre, mais elle marque un véritable tournant historique, car elle va de pair avec une totale restructuration du paysage politique, du fait de l’effondrement programmé des deux grands partis de gouvernement qui ont eu le monopole de l’« alternance » en France depuis plus de quarante ans – mais qui se trouvent maintenant l’un et l’autre menacés de ne pas passer le cap du premier tour.
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The End of the Modern World

Traduction d’un entretien accordé par Alain de Benoist au site Breizh Info paru sur le site katehon.com


February 20th, 2017 – We awaited Alain de Benoist’s analysis on the populist wave. Here it is with this veritable guidebook entitled Le Moment populiste – Droite-Gauche, c’est fini ! (Editions Pierre Guillaume de Roux). To read with urgency in light of future elections in France and Europe. Lire la suite …

Pour faire le point sur le revenu universel…

Entretien avec Nicolas Gauthier paru sur Boulevard Voltaire


Le revenu universel, consistant à verser à tous les citoyens une certaine somme de la naissance à la mort sans condition de ressources ni d’emploi, somme cumulable avec d’autres revenus, est un vieux projet qui fait aujourd’hui un retour en force dans l’actualité. La droite est vent debout contre ce projet parce qu’il est porté par Benoît Hamon, oubliant du coup qu’il l’est aussi par Christine Boutin et Jean-Frédéric Poisson. Qu’en est-il exactement ?

Pour répondre à la question, il faut déjà connaître le dossier, à commencer bien sûr par les travaux des principaux théoriciens de ce projet, comme le Belge Philippe Van Parijs, fondateur du BIEN (Basic Income European Network) ou le Français Yoland Bresson, fondateur de l’AIRE (Association pour l’instauration d’un revenu d’existence) avec Henri Guitton.

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Sondages – « l’opinion publique » est toujours fantomatique !

Entretien paru sur Boulevard Voltaire


C’est devenu un lieu commun de dénoncer la « dictature des sondages », d’autant qu’ils sont toujours plus nombreux. Mais de plus en plus souvent, le candidat arrivé gagnant à l’élection n’est pas celui qui avait été donné vainqueur. « Dictature » toute relative, donc ?

Depuis leur apparition aux États-Unis au milieu des années 1930, et en France en 1965, à l’initiative de Jean Stoetzel, les critiques des sondages sont toujours les mêmes. L’une des plus communes correspond à ce que vous dites, en l’occurrence qu’il arrive aux sondages de se tromper. On l’a bien vu, naguère, avec l’élection présidentielle de 1995 (Balladur était donné gagnant par rapport à Chirac) ou celle de 2002 (Chirac devait affronter Jospin au second tour) et plus récemment avec le Brexit ou l’élection de Donald Trump. Observons, quand même, qu’il leur arrive aussi de ne pas se tromper – et que c’est même le cas le plus fréquent. Les sondages disent, en fait, très souvent la vérité, même s’ils peuvent aussi être manipulés, soit que les questions sont biaisées, soit que les réponses sont interprétées de façon tendancieuse.

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Emmanuel Macron – tout le contraire d’un populiste !

Entretien paru sur Boulevard Voltaire


Emmanuel Macron comme Donald Trump : le phénomène est plus intéressant que le personnage lui-même. Comment expliquer l’actuel phénomène Macron, qui se veut candidat hors système, alors qu’il est justement un pur produit du système ?

On peut facilement ironiser sur le personnage. Le petit Mickey travesti en Rastignac, la petite chose qui veut se faire aussi grosse qu’un président, le Micron transformé en Maqueron, le Ken du couple Ken et Barbie, le télévangéliste christique débitant à chacun les niaiseries qu’il veut entendre. Mais tout cela ne cerne qu’imparfaitement le phénomène. Ce qui frappe d’abord, c’est qu’Emmanuel Macron est le premier candidat postmoderne que l’on ait jamais vu se présenter à l’élection présidentielle. Les arguments raisonnés, les promesses lyriques, les démonstrations destinées aux électeurs, tout cela faisait encore partie de la modernité. Avec la postmodernité, on est dans l’affect à l’état pur, dans l’émotion, l’amour, l’extase. Le sentiment submerge tout, comme dans le discours des gourous.

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